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La pari Perdu

Que je vous explique...

le 26/11/2006 à 18h32
J'ai bêtement perdu un pari et depuis voilà l'affreuse vérité.... Je dois écrire un roman de type Harlequin...

 

 

 

Thème

 

L’impossible amour entre x et y, jalonné de scène de sexe et de trahison, voir un chouïa de violence. Les termes du pari sont clairs : on doit trouver dans ce roman tous les ingrédients d’un harlequin type. A savoir : un événement tragique (mort, meurtre, traumatisme divers), une relation conflictuelle entre les protagonistes (synonyme de passion évidemment), trahison de l’être aimé, une héroïne ayant de très grands principes et aucune expérience ou presque en matière de sexe (l’homme initiateur blablabla), un héros sur de lui, beau comme un dieu, un dur au cœur tendre quoi. On doit y trouver également une autre femme (la rivale méchante comme une teigne mais belle  comme le jour), un autre homme (un homme d’une profonde gentillesse, souvent homosexuel, le coup du meilleur ami sensible dont on a rien à craindre) et une personne plus âgée, synonyme de conseil avisé/épaule sur laquelle pleurer, et éventuellement un meilleur ami/meilleure amie.

 

Bien. Voilà… J’ai déjà tracé les grandes lignes… maintenant attelons-nous à décortiquer un harlequin… Premièrement, la couverture. Une image idyllique d’un homme et d’une femme, souvent enlacé ou se touchant les mains, dans un décor luxueux ou champêtre. Le nom de l’auteur, un pseudonyme débile genre *Elisabeth Heart* et un titre aussi débile que prometteur pour les amatrices de sentiments dégoulinant de guimauve… genre *L’ultime désir*. Le harlequin type comporte environ 150 pages au format A6 et est découpé en13-15 chapitres, sans compter l’épilogue à la con annonçant la naissance d’une future progéniture merveilleuse et patati et patata. Ça équivaut à environ une quarantaine de pages A4 sur un pc. Encore une chose très intéressante, l’héroïne remarque qu’elle est en train de tomber amoureuse aux alentours du 5ème chapitre, l’acte d’amour est exécuté aux environs du 8ème chapitre et le reste des chapitres concerne l’évaluation des sentiments des deux protagonistes… Putain de merde, je vais me taper une bluette à la con en 40 pages. Souhaitez-moi bonne chance les enfants…

 

Bien bien bien… Il me faut maintenant décider de ce que sera la trame de mon histoire. Fichtre diantre. Certes… La tenue du pari impliquait que l’un des personnages doit être russe et parler russe. Youpie justement j’avais très très envie de prendre des cours de russe là maintenant tout de suite. Bon le mec sera russe. Du genre… hmmm… laissez-moi réfléchir…

 

Un grand blond au regard gris acier, les pommettes hautes et marquées, une bouche charnue, la mâchoire carrée, le teint mat (probable héritage de ces ancêtres des steppes), un corps particulièrement musclé, une démarche souple et féline, des gestes précis… Un homme dur et froid mais au tempérament volcanique et parfois violent, possédant l’âme slave, ce sentimentalisme si cher aux midinettes avides de sensations amoureuses… Capable de réciter des poèmes russes tout en abattant du tranchant de la main un méchant vilain pas beau. Il pourrait s’appeler… heu… disons… vouais… c’est pas gagné hein… Et arrête de rire, toi qui me lis… j’aimerais t’y voir hein… bon disons qu’il s’appelle Ivan Leonov. Il a 35 ans, mesure 1m95, pèse dans les 90 kg de muscle et est donc blond aux yeux gris. Il travaille… heu…comme détective privé ! Vouééé c’est glamour à souhait ça… Une bonne dose de danger et d’action, c’est bon ça coco… donc il est détective privé. Mais avant il était dans l’armée russe. Rompu au combat, patati patata… nan finalement il était pas dans l’armée russe, parce que ça marcherait pas aux Etats-Unis le coup du détective russe… trop cliché mafia russe, pas bon ça… nan alors il est le fils d’un cerveau russe qui aurait fui la grande Russie à l’époque de la guerre froide ! voilaaaaaaaaa… Le fiston se serait engagé dans l’armée américaine et aurait tout quitté à l’âge de 25 ans pour monter une agence de détective avec un vieil ami. C’est bon ça !!

 

 

Passons à la jouvencelle de service… Une jeune femme de 27 ans, cheveux noirs, yeux gris, 1m75, 50 kg, musclée et fine, le teint clair, presque pâle, possédant d’adorables fossettes aux coins de la bouche, un grain de beauté sous l’œil droit, mais affligée d’un strabisme divergent ce qui gâche un peu tout ça. Non. Je peux pas écrire ça. Mais ça serait rigolo non ? donc elle n’a pas de strabisme elle est belle comme tout, extrêmement séduisante mais bien évidemment inconsciente de sa très grande beauté. Héritière d’une fortune colossale, sa vie est mise en danger par des gens très mal intentionnés qui désirent porter violemment atteinte à son intégrité physique tout en faisant main basse sur sa fortune. Pourquoi ? Son père aurait commis un acte du genre pas bien du tout et il en aurait découlé la mort de quelques pauvres personnes qui se sont trouvées au mauvais endroit au mauvais moment… et une personne désire les venger sur la fille du vilain. Histoire qu’il souffre très fort le papounet. Ouais bon c’est pas encore très très clair tout ça…

Prologue

le 26/11/2006 à 18h35
Prologue

 

Des ombres au creux de la nuit,  plus noires que les ténèbres qui l’entoure, des êtres mauvais qui la pourchassent, partout autour d’elle, ne lui laissant aucune chance, aucune issue. Elle hurle, mais aucun son ne sort de sa gorge, elle court  mais n’avance pas. Elle reconnaît les silhouettes de gens qu’elle aime, silhouettes lui tournant le dos, mais lorsqu’elle arrive à leur hauteur, elles se retournent et à la place du visage d’un être cher, il n’y a rien, rien que le néant, ils sont des ombres eux aussi. Et elle hurle, elle appelle à l’aide, mais personne ne vient la sauver. Et elle court, sans s’arrêter, elle court, elle tente de s’enfuir, mais rien n’y fait, elle les sent qui se rapproche d’elle, de plus en plus, jusqu’à l’ensevelir, jusqu’à faire d’elle une ombre.

 

Charlene se réveilla en sursaut, cligna des yeux pour reprendre contact avec la réalité. Elle frissonna, ramena ses bras autour d’elle, posant son visage sur ses genoux. Elle jeta un coup d’œil vers le réveil. 4 heures… Bien trop tôt. Elle ne parviendra pas à se rendormir elle le sait. Elle se regarda dans le miroir faisant face à son lit. Ces derniers d’insomnies avaient marqué son visage. Ses grands yeux gris avaient perdu de leur éclat habituel, ses cheveux noirs se répandaient en mèches désordonnées autour de son visage, les pointes effleurant ses reins. Elle avait maigri terriblement, les côtes saillantes sous sa peau, elle avait perdu de sa féminité. Son fiancé le lui avait reproché. Il ne comprenait pas qu’elle ai pu changer à ce point. Elle ne pesait plus que 50 kg pour 1m80, elle n’avait plus rien à voir avec la sculpturale jeune femme qu’il avait l’intention d’épouser. Il avait rompu leurs fiançailles le soir précédent. « Charlie, lui avait-il dit, tu ne souris plus, tu ne ris plus. Tu ne sors plus de chez toi, tu me refuses l’accès à ton lit, encore que je n’en ai plus envie quand on voit à quoi tu ressembles aujourd’hui… Il vaut mieux qu’on en reste là. ». Sa bouche encore pulpeuse prit un pli amer. Sa vie était un enfer. Une vague de désespoir la frappa et les larmes qu’elle s’était interdite de verser roulèrent sur ses joues.

A 7 heures son réveil sonna, la sortant de sa torpeur. Avait-elle pleuré tout ce temps ? Elle ne pouvait plus continué comme ça. Elle devenait folle, se méfiait de tout le monde, avait coupé les ponts avec ses amis, son reste de famille… Il fallait qu’elle agisse, il fallait qu’elle fasse quelque chose sous peine de perdre totalement la raison. N’importe quoi mais quelque chose.

Fuir…

Loin…

Se réinventer, se réécrire, recommencer sa vie…

A 9 heures elle raccrocha son téléphone et sortit quelques valises de son dressing.

A 10 heures, elle fermait la porte de son appartement, non sans jeter un coup d’œil à ce qui était son univers depuis 2 ans. Elle traversa la route et s’engouffra dans un taxi.

Charlene Williams, 22 ans, héritière d’une fortune colossale venait de disparaître.

Chapitre I

le 26/11/2006 à 18h36
 

4 ans plus tard

 

 

Dragan Petrovski étira ses muscles puissants. Il n’était décidemment pas fait pour le travail administratif. Il remplaçait son associé et ami, Paul Turner, cloué au lit par une bronchite. Ce bon vieux Paul savait s’y prendre avec la paperasse… Dragan était au bureau depuis l’aube, il avait abattu un travail considérable mais la pile de documents ne semblait pas avoir baissé d’un iota. Il se surprit à éprouver de l’admiration pour son collègue, tout en se jurant de ne jamais le lui dire sous peine d’en entendre parler 40 ans durant.

 

Il s’accorda une petite pause, histoire de se détendre un peu. Son regard se porta sur une photographie de Paul et lui, prise à l’inauguration de leur agence de détective, 10 ans plus tôt. A l’époque Dragan n’avait que 25 ans, mais avait déjà une vie bien remplie. Entré à l’armée à 18 ans, il avait rapidement intégré les forces spéciales. Il y avait rencontré son mentor et actuel associé et lorsque ce dernier avait quitté l’armée, Dragan l’avait suivi. Il n’avait jamais regretté son choix. Ce métier mêlait l’action lors des recherches d’individus dangereux  et le sentiment lorsqu’il retrouvait un enfant, une femme ou un homme disparu et qu’il les ramenait à  leurs familles. Oui, il faisait un métier passionnant, dévorant même. Sa vie sociale était chaotique, pas de place pour une femme, mais paradoxalement, il en trouvait pour des femmes… Des relations éphémères qui lui convenait totalement. Il n’était pas du genre à s’attacher et pourtant dieu sait à quel point certaines femmes le voulaient. Il était grand, 1m90, blond aux yeux bleus très clair, héritage de son pays d’origine, la Russie. Il avait le type slave, le charme des hommes de l’est. Mais aucune de ses admiratrices n’avaient su le retenir. Il disait en riant que la seule femme sérieuse dans sa vie c’était sa secrétaire et belle-mère, Elaine Petrovski, la seconde femme de son défunt père. Quand Igor était mort, c’est tout naturellement que Dragan proposa à sa belle-mère de travailler avec lui. Il voulait avoir un œil sur elle tout en lui donnant de quoi se changer les idées. Cela avait merveilleusement fonctionné. Elle avait oublié son chagrin en travaillant comme une folle, jusqu’à devenir le pilier de l’agence. Même Paul, qui au départ avait vu d’un mauvais œil sa venue, était à présent ravi qu’elle soit là. Dragan supposait même qu’il y avait un début de romance entre eux deux. Le moment venu, il leur donnerait sa bénédiction, ces deux personnes étaient celles qu’il aimait et respectait le plus au monde.

 

Il soupira et s’attela à l’énorme amas de dossiers qui parsemaient son bureau. Pas de repos pour les braves… Il sursauta quand Elaine entra subitement le bureau. Son visage d’ordinaire joyeux était grave.

 

-         Oui Elaine, que me vaut l’honneur de ta délicate présence ?

 

-         J’ai été stupide Petrovski !

 

-         Ça serait bien la première fois !

 

-         Ne plaisante pas ! Je ne sais pas par où commencer, mais l’essentiel est que je suis stupide ! Je sais où est Charlene Williams et sous quel nom elle se cache !

 

-         Pardon ?!

 

-         La semaine passée comme tu le sais, j’étais au séminaire de secrétariat donné par mon ancienne école. Charlene y était ! Son visage me disait bien quelque chose, mais j’ai bêtement pensé que je l’avais vue aux cours des soirs… Ce n’est que tout à l’heure en examinant les dossiers en suspens que j’ai réalisé où je l’avais vue… C’est elle j’en suis sûre !

 

-         Dis-moi ce que tu sais, je vérifierai.

 

-         Elle se fait appeler Charlie Atkins et elle travaille pour une boîte informatique à la Nouvelle-Orléans, Cyberus.

 

-         Ok Elaine… Si tes soupçons se confirment tu recevras la plus grosse prime de toute ta vie !

 

-         Comme si ça m’intéressait…

 

Dragan sortit son téléphone portable et appela un de ses amis du FBI, ancien camarade d’armée.

 

-         Phil ? C’est Dragan, oui je sais ça fait des lustres… Que veux-tu… Pardon ? … Evidemment que j’ai un service à te demander, tu me connais ! Tu pourrais te renseigner sur une certaine Charlie Atkins, à la Nouvelle-Orléans ? … Oui… Promis, la prochaine fois que tu viens ici tu auras droit à la tournée des bars ! Merci mon vieux, c’est sympa. Ah et… discrétion… Je sais je sais… Mais c’est une grosse affaire là… A bientôt.

 

Il raccrocha le téléphone et ouvrit son ordinateur portable. Il chercha le dossier Williams et se replongea dedans, pour la millième fois en 4 ans. Charlene Williams, fille de Lawrence Williams, homme d’affaire de la catégorie des requins mangeurs d’homme. Disparue un mercredi matin, après avoir retiré 150'000 $ en liquide sur son compte. Aucune trace, aucun indice. D’après son fiancé, William Torrence, elle avait énormément changé les mois précédant sa disparition. Il avait attribué ça au décès de son père l’année d’avant. Son signalement avait été donné dans toutes les gares, dans tous les aéroports, mais on ne l’avait pas retrouvée. Pour Dragan, le changement psychologique et physique de la jeune femme ne pouvait pas être uniquement du à la mort de son père. Elle avait adopté le comportement typique d’une femme traquée. Mais il n’avait rien trouvé à l’appartement. Pas le moindre signe de menaces, rien. La seule chose, le coup de téléphone qu’elle avait passé à son avocat le matin de sa disparition. Ce dernier n’avait pas nié avoir eu contact avec elle mais avait prétendu qu’elle n’avait rien dit ou fait de spécial. Elle voulait simplement savoir à quoi en était l’évolution de la fondation qu’elle avait décidée de fondé, fondation qui avait hérité de tous les biens de la jeune suite à sa disparition… Dragan avait eu des doutes à l’époque, mais il n’avait eu que son instinct pour lui dire que quelque chose de louche s’était produit… Aujourd’hui il se demandait si… Il fallait qu’il en ai le cœur net.

 

-         Elaine ?

 

-         Oui ?

 

-         Je veux tout ce que tu peux trouver sur la Fondation New Dawn, elle est dirigée par Maître Roger Jackson.

 

-         Ça marche. Dragan ?

 

-         Oui ?

 

-         Cette fille… si tu la retrouves. Sois gentil et patient. Elle a l’air d’en avoir baver…

 

-         Je ne suis pas un monstre, je ne vais pas la sortir de son bureau avec les menottes ! Je veux comprendre…

 

-         Oui je sais mais vas-y en douceur… Et bonne nouvelle, j’ai reçu la photographie de groupe de notre séminaire… Elle se trouve tout derrière à droite, comme si…

 

-         Comme si elle ne voulait pas être sur cette photo… Laisse-moi voir ça, merci.

 

Il scanna la photographie et grâce à un programme spécialement prévu pour le traitement des photos, il put agrandir la zone ou Charlene était supposée se trouver. Malgré qu’elle aie le visage à moitié caché par l’impressionnante permanente d’une autre participante, c’était bien Charlene-Charlottte. Le doute n’était pas permis. Dragan avait tellement regardé les diverses photos de la jeune femme qu’il avait craint de se brûler les rétines ou de faire fondre les images. Elle avait changé pourtant. Les cheveux courts et plus clairs, des lunettes carrées noires… Elle semblait dure… Mais tout dans sa posture indiquait l’inquiétude, l’angoisse. Il lui faudrait manœuvrer avec douceur en effet.

 

Contrairement à la plupart de ses collègues, il désirait connaître les motivations des disparus volontaires comme il les appelait. Car pour lui, aucun doute, Charlene était partie d’elle-même. Mais elle avait été forcée par la situation qu’elle vivait. Qu’est-ce qui avait pu contraindre une jeune femme de sa trempe à tout abandonner derrière elle ? Il avait étudié son dossier, il savait qu’elle avait étudié la littérature et l’histoire, qu’elle pratiquait les arts martiaux, qu’elle était connue pour son caractère entier et frondeur. Quel événement avait pu en faire cette pâle copie d’elle-même ? Car s’il était important de la retrouver, il était encore plus important de la convaincre de reprendre sa vie. Et ça il ne se sentait pas le droit de le lui imposer. Les gens qu’il ramenait le désiraient. Jamais il ne forcerait qui que ce soit à rentrer chez lui si il ne le voulait pas. Et son instinct lui disait que le problème de Charlene était très important. Il faudrait l’approcher en douceur. Mais d’abord, réunir un maximum d’information sur elle. Il enverrait un de ses employés à la Nouvelle-Orléans, afin qu’il étudie le comportement de la jeune femme. Puis lorsqu’il aurait toutes les cartes en main il interviendrait. Personnellement.

 

-         Dragan, téléphone !

 

Perdu dans ses pensées il n’avait pas entendu le timbre pourtant caractéristique du téléphone.

 

-         Petrovski et Turner

 

-         Turner, de chez Turner et Petrovski, sale gamin.

 

Paul, le seul homme à pouvoir l’appeler gamin alors qu’il allait sur ses 35 ans.

 

-         Comment va mon malade préféré ?

 

-         Mieux depuis qu’il n’est plus malade. Je reviens demain. Du nouveau ?

 

-         Oui. Elaine a retrouvé la trace de Charlene Williams.

 

-         Elaine a quoi ? Bon sang, quelle femme !

 

Dragan sourit en entendant la fierté dans la voix de son associé. Pas de doute, le vieux était en train de sombrer dans la guimauve.

 

-         Je te le fais pas dire ! J’ai mis Phil sur le coup avant d’envoyer un de nos hommes. Elaine est en train d’examiner la fondation de la disparue. Et si tout va bien je m’envole dans moins d’une semaine pour récupérer la donzelle.

 

-         Comment Elaine…

 

-         Elle te racontera ça ce soir, je te l’envoie avec le dossier, j’aimerais que vous supervisiez tout ça les deux. Vous serez mieux chez toi qu’ici, il y a des courants d’air épouvantable, je ne voudrais pas que tu rechutes…

 

-         Ha ben, si tu le dis… Bon ben à plus gamin.

Quelques jours plus tard, il reçut les informations qu’il désirait sur Charlie Atkins. Il ne lui restait plus qu’à prendre un avion et à approcher la jeune femme le plus naturellement du monde.

Chapitre II

le 26/11/2006 à 18h38
Chapitre II

 

L’air était étouffant. L’été à la Nouvelle-Orléans avait sans doute de très bon côtés mais la chaleur était infernale. Charlie ne s’y était pas encore habituée. Il était à peine 10 heures du matin et elle était déjà en sueur. A chaque fois qu’elle regrettait sa longue chevelure et elle se morigénait en se faisant remarquer qu’en été, les cheveux longs auraient été un calvaire supplémentaire. Elle traversa rapidement la rue, prenant garde de ne pas renverser ses gobelets de café en courant sur la chaussée. Elle entra dans l’imposant bâtiment Cyberus, offrit son plus beau sourire de remerciement à Max le Portier et se faufila dans l’ascenseur menant au 15ème étage. Elle parvins enfin au secrétariat et distribua les cafés à ses collègues.

-         Charlie, tu as raté quelque chose…

-         Ah oui ? Dis-moi tout Samantha !

Sa collègue et colocataire Samantha Devereaux prit une mine de conspiratrice et chuchota :

-         Le grand patron va organiser des séances de self-défense ! On vient de voir débarquer celui qui nous donnera les cours. Et mon dieu cet homme là ne resterait pas longtemps sur le pas de ma porte !

Charlie éclata de rire. Sam... Blonde, menue et parfaitement proportionnée, elle parlait beaucoup mais ne passait que très rarement à l’acte. C’était une fausse dépravée mais une véritable amie.

-         Dois-je te rappeler que ta porte, c’est ma porte ?

-         Bas les pattes, je l’ai vue la première !

-         Sam !

-         Non mais je te jure, quand tu le verras tu feras comme Clea, Lee et moi. Tu baveras. Il est… en train de sortir du bureau du grand patron !

Charlie se retourna lentement pour voir ce fameux spécimen à travers les parois vitrées de leur bureau. Grave erreur. L’homme la regardait également. Ils restèrent quelques secondes les yeux dans les yeux, Charlie sentant son cœur battre plus vite, plus fort, le sang bourdonnant à ses tempes. Les incroyables iris bleues de l’homme semblaient traverser son âme. Des yeux de glace… qui lui échauffait les sens. Puis l’homme lui fit un petit signe de la main et entra dans l’ascenseur. Il fallut à Charlie quelques secondes avant de pouvoir se retourner et regarder ses collègues. Clea, magnifique octavonne attaqua la première.

-         Mon dieu Charlie, tu nous as fait quoi là ? C’était quoi ce regard de braise ?!

-         Qu’est-ce que tu dis, n’importe quoi…

-         Ah pardon, mais j’aurais pu faire la roue à moitié nue que vous ne m’auriez pas remarquée !

-         Lee, tu vas pas t’y mettre aussi ! Sam, dis quelque chose !

-         Quelque chose.

-         Ah ah. Très drôle. Bon allez, au travail les filles, avant que notre esclavagiste préféré ne nous remarque en train de papoter…

Charlie ne fut pas très productive cet après-midi là. Sans cesse elle revoyait le regard de l’homme. Elle n’avait jamais ressenti pareille attraction envers qui que ce soit. Inconnu ou proche. Samantha la regardait d’un air interrogateur durant leur trajet de retour. D’habitude volubile, Charlie était silencieuse et paraissait soucieuse. Arrivées dans leur appartement, un charmant 4 pièces dans la maison de la grand-mère de Sam, les jeunes femmes se dirigèrent vers leur salle de bain respectives. Charlie soupira et secoua la tête. Sa vie d’avant elle avait tout fait pour l’oublier. Elle devait désormais vivre ici et maintenant. Le passé, son passé, ne devait plus la perturber. Elle se coula un bain moussant, disposa quelques bougies autour de la large baignoire en fonte, mit un cd de musique relaxante dans la mini chaîne hi-fi et s’octroya un verre de vin rouge. Elle plongea voluptueusement dans la mousse parfumée. Ses pensées dérivèrent vers l’inconnu du bureau, vers le trouble qu’elle avait ressenti en le voyant. Cela faisait des siècles qu’elle ne s’était plus intéressée à un homme. Depuis sa séparation d’avec William, son fiancé, depuis son autre vie. Elle savait qu’elle ne pourrait pas fuir éternellement, mais elle refusait de vivre dans la peur permanente. A l’époque où elle s’appelait encore Charlene Williams, elle vivait dans l’insouciance de sa jeunesse dorée. Son père avait fait fortune dans l’informatique, puis dans la création de logiciels de sécurité. Elle baignait dans le luxe et l’argent. Elle avait perdu sa mère très jeune mais avait surmonté ce drame grâce à son père. Il avait installé son bureau dans la propriété familiale, pouvant ainsi veiller sur sa fille tout en continuant de travailler comme un forçat. Les larmes lui vinrent aux yeux. Dieu qu’il lui manquait !

Il avait été un père formidable. Présent à chaque instant crucial de son enfance et de son adolescence. Sa mort tragique dans un accident d’avion avait plongé la jeune femme dans une tristesse incommensurable. Elle avait à la fois perdu un père, un ami et un confident. Certes, elle se trouvait à la tête d’un empire financier gigantesque à 21 ans, mais tout l’argent du monde n’aurait pu remplacer son père. Quand elle avait commencé à recevoir des menaces de mort, elle avait cru perdre l’esprit. Peu à peu elle reçu des photographies d’elle à tout instant de la journée, accompagnées d’un mot en relation direct avec la photo : « Vous étiez très belle dans votre ensemble violet, dommage que la vendeuse vous ai conseillé le vert », « je n’aurais pas apprécié que votre fiancé vous parle de cette façon hier… », « Tout se paie un jour… ». Des objets disparaissaient de son appartement puis réapparaissaient mystérieusement quelques jours plus tard. Elle fit changer les serrures, installa de coûteux appareils de surveillances, des caméras, des alarmes… Son chat était mort empoisonné et plusieurs de ses amis avaient été agressés, et chaque agression avait été photographiée. Elle avait voulu appeler la police, mais elle avait été prévenue que si elle le faisait, quelqu’un pouvait mourir. Elle avait par ne plus sortir de chez elle, terrifiée. Et lorsque son fiancé l’avait quittée elle avait eu le déclic. Disparaître. Tout quitter et vivre. Elle avait alors contacter son avocat et ami de la famille et passé la surprise d’apprendre ce qu’elle avait vécu depuis quelques mois, il avait travailler d’arrache pied pour lui fournir une nouvelle identité en deux heures. Afin de sauver ses biens, ils avaient créé une fondation qui garderait son patrimoine complet jusqu’à ce qu’elle soit en sécurité. Elle était partie pour la Nouvelle-Orléans, avait coupé ses cheveux, les avait teint et s’était résignée à porter d’affreuses lunettes.

Elle avait trouvé un petit job de serveuse et avait rencontré Samantha alors que cette dernière était venue manger un morceau tout en travaillant sur son portable. Portable qui planta alors qu’elle n’avait pas sauvegardé le travail en cours. Charlie avait pris les choses en mains, posant son plateau et s’installant devant l’ordinateur. En 20 minutes elle avait récupéré toutes les données et viré les virus qui vérolaient le système. Samantha l’avait regardé avec de grands yeux étonnés : « au service informatique de ma boîte vous feriez un malheur ! » Charlie avait souri et avait répondu que c’était une manipulation de base et que ça n’avait rien d’exceptionnel. En une semaine elles étaient devenues amies, en trois elles emménageaient ensemble et en 4 Samantha la faisait intégrer l’équipe du secrétariat. Grâce aux connaissances acquises auprès de son père, elle pouvait remplacer l’informaticien qui devait abandonner son travail pour réparer les pannes, bugs et autres boulettes fréquentes au sein de l’équipe du secrétariat. Quatre années plus tard, elle était responsable administrative, gagnait confortablement sa vie et avait peu à peu oublié ses anciennes terreurs. Son avocat avant mandaté des spécialistes pour retrouver l’auteur des menaces de mort, mais cela n’avait rien donné. Elle avait été terriblement déçue, mais elle avait appris à aimer sa nouvelle vie et elle se sentait tout à fait capable de passer le reste de ses jours en tant que Charlie Atkins. Elle avait eu droit à une deuxième vie et en était profondément reconnaissante. Elle ne manquait de rien, n’aurait jamais de problèmes d’argent grâce à la fondation dont elle était l’unique bénéficiaire et qui versait régulièrement de l’argent sur un compte numéroté auquel elle était seule à avoir accès. Elle était fière de ce qu’elle avait fait, fière de celle qu’elle était devenue. Elle avait traversé l’enfer et en était sortie indemne et plus forte. Quatre années de peur clandestine, d’angoisse et de cauchemar. C’était suffisant. Il était temps qu’elle vive sa vie, plus rien ne pourrait lui arriver désormais, elle l’avait décidé.

Dragan avait été agréablement surpris en venant à la Nouvelle-Orléans. Retrouver Charlene n’avait pas été compliqué, grâce à Elaine. La jeune femme vivait sans histoire, ayant su se transformer avec grâce, sans en faire trop. Elle s’était parfaitement intégrée à sa nouvelle vie, et avait intelligemment éviter toute publicité. Sa seule « erreur » avait été de participer à ce fameux séminaire.

Il s’était présenté au siège de Cyberus en tant que professeur d’art martial et de self-défense. Par un heureux concours de circonstance, le PDG de l’entreprise avait décidé d’offrir à ses employés des cours leur permettant de se défendre. La ville était certes magnifique mais comme toute grande ville elle n’en était pas moins dangereuse. Dragan avait emporté haut la main le poste. Lorsqu’il était sorti du bureau du PDG il avait croisé le regard de Charlie. Il ne s’attendait pas à la voir si tôt, mais ce fut son regard qui lui donna au choc. Il avait beau avoir vu quantités de photos d’elle, il n’avait pas été préparé à l’intensité de ce regard. Ni au désir qu’il avait immédiatement ressenti. Il était resté quelques secondes là, perdu dans l’immensité argentée des yeux de Charlie. Puis l’argent s’était assombri. Le désir qu’il ressentait était partagé. Cette mission promettait d’être intéressante…

Chapitre III

le 26/11/2006 à 18h39
Chapitre III

Le jour suivant, il fit parvenir à chaque employé un horaire pour leur cours. Le premier cours avait lieu le surlendemain dans les locaux de gymnastique de la société et Charlie en faisait évidemment parti. Lorsqu’il la vit arriver, il ne put s’empêcher de la regarder avec intensité. La tenue de sport qu’elle portait était tout sauf sexy, mais elle était d’une beauté pétrifiante. Le tissu effleurait ses formes généreuses et fines, suggérant plus qu’il ne montrait. Elle était entrée la dernière et se faufila pour s’asseoir sur les bancs qu’il avait préparé. Elle avait l’air nerveuse et mal à l’aise. Il sourit, sachant qu’elle n’avait nul besoin d’un tel cour. Elle était extrêmement douée et avait même gagné quelques compétitions durant son adolescence. Elle maîtrisait parfaitement la plupart des sports de combats tels que le karaté ou le judo. Il se réjouissait de la voir à l’œuvre.

-         Bonjour tout le monde ! Je m’appelle Dragan Petrovski. Soyez les bienvenus à votre premier cours de self-défense ! Nous allons commencer en douceur, ne craignez rien ! Est-ce que l’un d’entre vous a déjà été initié au tae kwon do ? Ou quelque chose du style ? Non ? Je vous rassure, je ne veux pas vous faire apprendre de techniques à la Bruce Lee, mais juste vous préparer au cas ou une personne mal intentionnée tenterait de vous faire du mal. En étudiant quelques gestes simple vous verrez qu’il suffit d’un rien pour se sortir du pétrin. Il me faut une partenaire pour le premier exercice ! Vous peut-être ? dit-il en regardant Charlie.

Cette dernière ferma les yeux. « nooooooooon, ce n’est vraiment pas une bonne idée ». Elle avait littéralement été hypnotisée par la voix de son professeur. Une voix grave, chaude, qu’elle aurait aimé entendre pendant l’amour… « noooooooooon, mais qu’est-ce que tu imagines ma pauvre fille ?? »

-         Allez Charlie, c’est l’occasion de tâter les pectoraux de cet apollon, murmura Samantha. On ne fait pas attendre le professeur quand on est une jeune fille polie et bien élevée…

-         Qui a dit que j’étais bien élevée ? riposta sur le même ton une Charlie de plus en plus mal à l’aise.

-         Mademoiselle ? Ne vous inquiétez pas, je ne mords pas !

Charlie se leva et le rejoignit sur le tatami.

-         Nous allons commencer par un exercice de base. Mademoiselle… euh, votre nom s’il vous plait ?

-         Charlie Atkins.

-         Mademoiselle Atkins va jouer la pauvre et faible femme sans défense contre le vil prédateur que je suis. Je l’attaquerai par derrière. Voici les mouvements qu’elle devra faire pour se débarrasser de moi.

Il montra alors une succession de gestes rapides qu’il décomposa afin que chacun puisse intégrer la façon de faire. Puis il se tourna vers Charlie.

-         Bien. Et maintenant, les travaux pratiques.

Il recula à quelques mètres, et s’approcha subitement de Charlie. Elle n’eut pas le temps de bouger qu’elle se retrouva genoux à terre, le bras de Dragan autour de son cou, ses bras immobilisés par l’autre main de l’homme.

-         Voilà ce qui arrive quand on est distrait ! ria Dragan. Ce n’est pas grave nous allons recommencer.

Il allait se relever quand Charlie lança sa jambe droite et frappa au niveau de sa cheville. En moins d’une seconde il se retrouva couché sur le dos, la jeune femme appuyant avec son genoux juste au dessus de ses hum, attributs. Elle le regardait avec des yeux étincelant de malice.

-         Distrait vous disiez ?

-         Hmm… Intéressant… Vous allongez toujours vos partenaires à votre première rencontre ?

-         Oh !

Charlie rougit, et se releva précipitamment. Dragan se tourna vers l’assistance bouche bée.

-         Votre collègue a eu un excellent réflexe. Elle a du faire de la lutte étant jeune car elle m’a proprement étalé alors que je pensais pouvoir maîtriser la situation. C’est exactement ce que j’aimerais que vous appreniez. Improvisez mais calculez les risques. Inutile de mettre votre vie en danger. Quant à vous Charlie, avez-vous pratiqué les arts martiaux ?

-         Euh en fait oui. J’aurais du vous le dire, je suis navrée, j’ai oublié.

-         Aucun problème ! Seriez-vous d’accord de me servir d’assistante durant mes prochaines leçons ? ça rassurera sûrement vos collègues de vous voir à mes côtés. Souvent on est un peu gêné lors des premières leçons. J’en toucherai deux mots à votre patron et si vous êtes tous deux d’accord se serait vraiment une bonne chose.

-         Euh… Pourquoi pas ? Je… je vais y réfléchir.

-         Parfait !

Ils continuèrent la leçon, chacun des participants expérimentant la technique de Dragan et celle de Charlie. Cette dernière prit un énorme plaisir à pratiquer les arts martiaux. Cela lui avait manqué. Et le fait de se retrouver régulièrement plaquée contre le torse puissant de Dragan n’était pas étranger au phénomène. Il y avait une alchimie certaine entre eux. Elle capta à plusieurs reprises les airs interrogateurs de ses collègues secrétaires. Elle imaginait déjà quel type de discussion elles auraient une fois les cours terminés. Au bout d’une heure et demi, Dragan leur annonça que le cours était terminé. Alors que tout le monde sortait, il appela Charlie.

-         Vous avez réfléchi à ma proposition ?

-         Pour les cours ?

-         Oui.

-         Et bien je crois que je vais accepter. Cela faisait tellement longtemps que je voulais reprendre l’entraînement ! ça me donnera une bonne occasion de m’échauffer pour retourner en salle.

-         J’en suis ravi ! Oserais-je vous inviter au restaurant ce soir ? Nous pourrions parler un peu de ce que nous allons préparer à vos collègues.

-         Ce soir ? Il est 20h30, je dois prendre une douche, me changer… Rentrer chez moi et je me lève tôt demain matin.

-         Demain soir alors ? 19h30 ?

-         D’accord. On se retrouve où ?

-         Je passe vous prendre. Alors à demain !

-         Je.. A demain !

Dragan la regarda sortir précipitament. Elle était visiblement perturbée. Il passa une main dans ses cheveux et soupira. Gagner la confiance de la jeune femme ne serait pas facile. Mais avant de la renvoyer dans son monde, il voulait savoir ce qui lui était arrivé et surtout faire en sorte qu’elle soit en sécurité. Quant au restaurant, c’était une très bonne idée. L’amener à se voir régulièrement faciliterait les confidences. Cela n’avait rien à voir avec l’envie qu’il avait de la voir encore, de la toucher… Bon sang, il avait eu envie d’elle durant toute la leçon. Il aimait la façon que le corps de la jeune femme avait de réagir à son contact. Les frémissements, le souffle rapide, les yeux assombris… Travail, il devait penser travail. Charlie ne devait pas être un passe-temps. Il était là pour lui rendre sa vie. Pour l’aider. Pas pour l’emmener dans son lit. Encore qu’il avait une multitude d’idée sur les occupations qu’ils pourraient avoir dans un lit. Ou contre un mur. Ou par terre. Ou… Stop. Concentration. Il perdait les pédales dès qu’elle était à moins de 3 mètres de lui.

Charlie fut littéralement ensevelie sous les questions de ses amies. Depuis quand était-elle une experte en art martial, qu’est-ce que lui avait demandé Dragan et si oui ou non elle allait tenté une approche… Elles se rendirent chez Sam et Charlie, et une fois toutes installées sur les confortables canapés, sirotant leur cocktail sans alcool préféré, Charlie se résolut à répondre à leurs nombreuses questions.

-         Honnêtement les filles, je ne pensais que le fait que j’ai fait du tae kwon do était super important comme information...

-         Oui mais tu aurais au moins pu nous dire ! C’est vrai quoi, si jamais on devait avoir besoin d’un garde du corps… Tu serais parfaite !

-         Oh Sam, s’il te plait… Le seul corps que je veux bien garder c’est…

-         Celui de Dragan ! la coupa Cleo, morte de rire.

-         C’est malin.

-         Non, c’est vrai !

-         Lee !! Pas toi !

-         Oh arrête de jouer les saintes nitouches je te prie ! On a tous pu remarquer qu’il te faisait de l’effet…

-         Quoi ?? Charlie en était  mortifiée. Vous avez tous remarquer que... heu…

-         Que tu en ferais bien ton 4 heures. Oui. En même temps je crois que lui non plus ne serait pas contre… dit Samantha.

-         Oh pitié les filles… En plus je dois le voir demain soir pour discuter ensemble des cours. Il m’a demandé de lui servir d’assistante.

-         Comme si il en avait besoin.

-         Non mais c’est sérieux Cleo ! Il pense que les gens seraient plus en confiance si nous leur montrions ensemble les gestes à faire.

-         Bien sur. Et comme c’est un grand professionnel un peu distrait il n’y avait pas pensé avant votre rencontre. Ça se tient, c’est évident.

-         Raaaaah… Vous croyez qu’il aimerait… euh…

-         Te faire l’amour toute la nuit ?

-         Cleo !!

-         Oh moi je dis ça hein…

-         Vous êtes… insortables !

-         Gna gna gna. Bon passons aux choses sérieuses. Tu vas mettre quoi demain ?

-         Je pensais à mon tailleur gris perle.

-         Pour un dîner ?

-         Ben oui !

-         Ma pauvre fille, il faut vraiment qu’on s’occupe de toi. D’abord tu vas nous virer ces lunettes innommables. Et pas de discussion. Ensuite Cleo va te trouver une robe sexy mais pas trop, Lee te maquiller et moi… Moi je vais te rappeler que le Kama sutra est un livre très instructif.

-         Sam !! Je t’en prie, tu en fais trop là !

-         Pas du tout ! Elle a tout à fait raison. Depuis le temps qu’on te connaît on ne t’a jamais vue avec un homme. Tu as le droit de t’amuser un peu et ce spécimen est classé dans la catégorie j’ai des mains et je sais m’en servir. Fonce. Sinon c’est moi qui le fais !

-         Lee ! je t’interdis de…

-         De quoi ? de l’approcher ? j’en étais sûre, tu craques sur lui !

-         Mais je ne sais rien de lui ! Les filles je panique je sais plus comment on fait. Aidez-moi !

Charlie venait de rendre les armes. Après tout ses amies avaient raison. Elle avait attendu 4 longues années avant de s’autoriser à approcher un homme. Rien ne lui était arrivé cela n’allait pas commencé maintenant. Et dieu qu’elle avait envie de cet homme. Lee passa le reste de la soirée à lui faire des soins du visage et de la peau. Cela lui fit un bien fou et lui rappelait l’époque ou elle se rendait régulièrement dans les instituts de beauté. Puis elle s’occupa de ses cheveux. Et là ça se compliqua.

-         Mais tu as les cheveux noirs ???

-         Euh oui.

Les deux autres filles qui se battaient sur le choix de la robe se retournèrent brusquement.

-         Tu as les cheveux noirs ? Mais on t’a toujours vue châtain !!

-         J’aime bien.

-         Tu rigoles ? C’est terne comme tout ! Ils ont aucunes lumière, rien. Ils sont plats… Il est temps que tu redeviennes toi-même ma grande ! Sam, va acheter de la teinture noire, on va s’occuper de son cas. Et attrape ces lunettes et demande des verres de contact adapté à sa vue !

-         Non !!!

-         Quoi non ?  Tu te tais tu n’as plus voix au chapitre, tu es sous notre entière domination, je ne veux plus entendre un mot sortant de ta bouche !

-         Mais vous ne comprenez pas…

-         TU TE TAIS hurlèrent les 3 filles.

-         Non mais sans blague. Détends-toi, tout va bien se passer.

Charlie n’en était pas persuadée. Mais après tout, revenir à sa couleur de cheveux naturelle ne serait pas très grave. Par contre le fait qu’elle porte des verres blanc allait poser problème. Elle en parlerait avec Samantha en privé plus tard. Du moins elle l’espérait.

Chapitre IV

le 26/11/2006 à 18h40
Une heure plus tard, Samantha revint avec la teinture et avait la mine sombre.

-         Tu as tout trouvé ? demanda Cleo

-         La teinture c’est ok, les verres de contact seront livrés plus tard. Je peux parler avec Charlie en privé deux minutes ?

Les deux jeunes femmes entrèrent dans la chambre de Samantha. Charlie comprit immédiatement que Sam était fâchée. Et il ne fallait pas être devin pour comprendre pourquoi.

-         Tu n’as jamais eu besoin de lunettes n’est-ce pas.

-         En effet.

-         Alors pourquoi ?

-         Je… c’est compliqué.

-         Charlie ! Je ne suis pas idiote. Je sais que je suis un peu fofolle mais ne sous-estime jamais mon intelligence. Tu te teins les cheveux, tu portes des lunettes alors que tu n’en pas besoin, tu ne parles jamais de ton passé. Cela fait 4 ans que tu vis avec moi et j’ignore si tu as des frères et sœurs, où vivent tes parents… Tout ce que je sais c’est que tu fais des cauchemars toutes les nuits ou presque et que tu n’as pratiquement aucune vie sociale.  Qu’est-ce que tu fuis ?

-         Bon sang… Sam… je…

-         Est-ce que tu t’appelles seulement Charlie ? Ou ça aussi c’est un mensonge ?

Charlie sentit les larmes perler à ses paupières. Ce qu’elle craignait le plus était en train d’arriver. Elle sut que si elle ne réagissait pas rapidement elle allait perdre sa meilleure amie. Une chose de plus que l’autre lui aurait pris. Alors elle se décida rapidement.

-         Je m’appelle Charlene Williams. Mes parents sont morts. Ma mère quand j’étais très jeune et mon père il y a 5 ans. Il y a 4 ans j’ai commencé à recevoir des menaces de mort et  quelqu’un s’est introduit chez moi. Mon chat a été tué et mes amis se sont fait agressé. Mon fiancé m’a abandonnée parce que je ressemblais à un zombie. Je ne sortais plus de chez moi, je ne vivais plus. Alors j’ai tout quitté. J’ai réinventé ma vie et je suis venue ici. J’avais si peur qu’il ne me retrouve que j’ai préféré changer mon apparence, mon nom et tout ce qui était moi. Voilà pourquoi je teins mes cheveux, voilà pourquoi je porte des lunettes et pourquoi je fais tant de cauchemars.

-         Quoi ? Tu es Charlene Williams ? L’héritière disparue ?

-         Tu… tu me connais ??

-         Evidemment ! ta disparition avait fait la une des journaux à l’époque. Je n’avais jamais fait le lien… Et comment aurais-je pu d’ailleurs… Tu t’es tellement bien dissimulée…

-         Je suis désolée Sam. Je n’ai jamais aimé les mensonges. J’ai menti sur mon nom et mon parcours, mais jamais sur les sentiments que j’ai pour toi. Tu es mon amie, la seule véritable que j’ai jamais eu. Et je te demande pardon.

-         Je ne te cache pas que je suis choquée. Mais tu aurais du me le dire avant !

-         Et risquer que tu fasses une bourde et que l’autre me retrouve ? Je ne pouvais pas prendre le risque. Aujourd’hui  je pense être plus ou moins tranquille. Promets-moi que tu ne diras rien. Sinon je devrais repartir et refaire à nouveau ma vie… J’ai 26 ans et je veux de la stabilité. Je ne veux plus avoir peur, je veux vivre ma vie, tomber amoureuse et avoir des enfants et ne pas m’inquiéter de savoir si quelqu’un me suit ou m’espionne.

-         La confiance règne ! Tu crois vraiment que j’aurais été raconté que tu es la Williams !

-         Non, évidemment que non. Mais tu aurais pu lâcher l’information sans t’en rendre compte. Je ne pense pas que tu le ferais mais si cela devait arriver… Je devrais tout recommencer…

Charlie pleurait pour de bon cette fois. Elle comprenait la réaction de Samantha. Elle devrait partir une nouvelle fois.

-         Je suis navrée Sam. Je comprendrais que tu m’en veuilles. Je prépare mes affaires et je démissionne dès demain.

-         Pourquoi faire ?

-         Et bien…

-         Quoi, tu comptes fuir à nouveau ? Tu crois vraiment que je vais te laisser partir comme ça ! Hé bien tu te goures ma vieille ! Tu vas rester ici, on va te transformer en beauté fatale et tu vas sauter sur ce mec dès que vous serez sorti du restaurant. Et tu vas l’avoir ta vie, foi de Samantha. Et si tu as peur que je ne lâche le morceau c’est que tu n’as vraiment pas confiance en moi. Je garde des secrets depuis mon adolescence, j’ai juré sur ce que j’ai de plus cher que je ne les divulguerai jamais et ton secret entre dans cette catégorie. Alors pas de larmes, pas de départ. Tu restes.

Les jeunes femmes se prirent dans les bras l’une l’autre, riant et pleurant tout à la fois. Cleo toqua à la porte.

-         Euh, vous avez fini là dedans ? Parce que pour la teinture faudrait s’y mettre là. Et j’aimerais bien voir ce que donnerait une coupe au carré style années 20 sur notre Charlie nationale.

-         On arrive !

-         Une coupe au carré ? Cleo tu es certaine ?

-         Oui madame. Tes yeux ressortiront grâce à la couleur et ton port de tête n’en sera que plus élégant. J’ai l’œil moi madame !

-         Ok ok, je te fais confiance, je ne dis plus rien, je suis votre créature de frankenstein.

Deux heures plus tard Charlie se contemplait dans le miroir. Elle retrouvait dans la femme qu’elle voyait celle qu’elle était avant. Elle avait changé en 4 ans. Elle se trouvait… belle. Le maquillage de Lee était parfait. Les yeux étaient cerclés de noir, rendant plus brillant et plus beau leur couleur gris argent. La bouche était délicatement peinte d’un rouge sombre. Cela lui faisait des lèvres extrêmement sensuelles et gourmandes. Cleo lui tendit une petite chose noire. Une longue jupe de soie, fendue sur le côté jusqu’à mi cuisse. Puis elle sortit un bustier noir parsemé de brillant, noir également. Une paire de sandales noires à très haut talon complétait la tenue. Elle partit se changer dans sa chambre et revint quelques minutes plus tard.

-         Je… vous croyez pas que c’est un peu trop pour un simple rendez-vous au restaurant entre collègues ? Les filles ? Dites quelque chose !

-         Wouah. Tu es… Regarde toi bon sang, tu es magnifique !

Charlie se regarda alors dans le miroir. Elle retint son souffle en se voyant. La jupe épousait les courbes de ses hanches avec délicatesse, le bustier moulait sa poitrine avec sensualité. Elle était splendide. Plus encore qu’avec les robes griffées qu’elle avait pu porté dans son ancienne vie. Elle en eu une nouvelle fois les larmes aux yeux.

-         Je ne pense pas que tu en fasses trop. Tu es canon, c’est presque indécent ! admira Lee

-         Non mais je ne pourrai jamais mettre ça demain soir, c’est trop…

-         Elle a pas tort, dit Samantha. Ça, c’est ce qu’elle mettra pour leur premier véritable rendez-vous… Demain il faut quelque chose de sexy mais soft. Cleo, une idée ?

-         Oui madame, j’ai plein d’idées ! Une robe dos nus blanche, nouée sur la nuque avec une multitude de boutons sur le devant. Sandales avec des lacets en cuir sur les chevilles.

-         Cleo tu m’épates ! murmura Charlie.

-         Tu sais je ne suis secrétaire que pour le salaire. Mon rêve était de devenir styliste. Qui sait… Un jour peut-être… Bon maintenant que nos missions respectives ont été accomplies, il faudrait peut-être que nous allions nous coucher… Il est plus de 1 heures du matin…

-         Tu as raison. A demain les filles et merci pour tout ce que vous avez fait pour moi !

-         Pas de quoi ma grande, à charge de revanche !

Lee et Cleo prirent congé, laissant Samantha et Charlie seules. Les jeunes femmes rangèrent rapidement l’appartement et ne tardèrent pas à aller dormir. Mais Charlie ne trouvait pas le sommeil. Il était près de 4 heures quand elle put fermé l’œil. Quelques heures plus tard, elles se retrouvèrent toutes au travail. Voyant la mine de Charlie, Lee poussa des cris horrifiés.

-         Mais qu’as-tu fait cette nuit ? Tu as des cernes jusqu’au menton !

-         J’ai assez mal dormi.

-         Repose toi aujourd’hui ou nos efforts ne serviront à rien.

-         Mais je ne peux pas…

-         Tu n’as jamais été malade, tu n’as jamais pris toutes tes vacances, le grand maître acceptera que tu rentres chez toi. Tu n’as qu’à dire que tu as une migraine. A voir ta tête il te croira.

-         Après tout…

Charlie téléphona à son patron qui tint à la voir dans son bureau immédiatement. Lorsqu’elle y entra il eut un mouvement de recul.

-         Charlie ? c’est vous ?

-         Oui, je ne me sens pas très bien, j’ai très mal à la tête. J’ai besoin de sommeil je crois.

-         Mais, vos cheveux… vos lunettes ?

-         Ah ça, caprice de femme.

-         Et bien… n’y voyez pas une tentative de harcèlement mais je vous trouve bien plus jolie comme ça. Hormis le fait que vous avez l’air effectivement malade. Rentrez chez vous.

-         Merci patron.

Dès qu’elle eut refermé la porte derrière elle, le dit patron s’assit sur fauteuil et resta de longues secondes à méditer sur sa super secrétaire comme il l’appelait. Si on lui avait dit un jour que sa banale secrétaire se révélerait être une bombe sexuelle…

Charlie s’endormit à la minute où elle posa sa tête sur l’oreiller. Et ne fut réveillée qu’à 16 heures quand ses collègues et amies lui chatouillèrent la plante des pieds.

-         Debout ma grande ! Tu as assez dormi maintenant ! Il est temps de te préparer pour ton rendez-vous !

-         Mais il n’est qu’à 19h30 !

-         Tu dois prendre un bain, hydrater ta peau, procéder à l’épilation de rigueur en cas de rencontre avec un homme, te maquiller, te coiffer, t’habiller et manger quelque chose.

-         Mais je vais justement manger ce soir ? Et c’est quoi cette histoire d’épilation ?

-         Juste pour ne pas être prise au dépourvu… Et une jeune fille bien ne dévore pas quand elle sort au restaurant, elle picore et prétend ne faire que manger des yeux son interlocuteur et boire ses paroles.

-         N’importe quoi.

-         Ecoute ce que te dis Cleo, elle sait de quoi elle parle. Allez on se remue !

Dragan s’était senti fébrile toute la journée. Il avait appris que Charlie était rentrée chez elle le matin et il se demandait si elle viendrait ce soir ou non. Il pensait qu’en bonne fille bien élevée elle l’aurait prévenu en cas d’empêchement mais il ne pouvait s’empêcher d’être inquiet. Il avait rêvé d’elle toute la nuit. Il faudrait qu’il soit très maître de lui ce soir. Il n’était pas du tout déontologique de sauter sur une cliente. Même si sentir le grain de sa peau et respirer son parfum… Stop ! Voilà qu’il digressait à nouveau. Cela devenait une habitude. A 19h30 précisément il sonna à la porte de l’appartement de Charlie, un bouquet de fleur des champs à la main. Et faillit le laisser tomber en voyant Cleo, Sophie et Samantha.

-         Bonjour monsieur Petrovski, entrez seulement, Charlie sera prête dans quelques minutes.

-         Je… Bonsoir mesdemoiselles.

-         Désirez-vous un apéritif ou un café en attendant que Charlie arrive ?

-         Juste un verre d’eau merci.

Dragan était stupéfait de voir les 3 collègues de Charlie présentes. Que Samantha soit là était normal puisqu’elle partageait son appartement avec Charlie. Mais les deux autres ? Elles étaient donc amies… Mais il savait de par son expérience des femmes que lorsque l’une d’entre elle réunissait ses amies avant un rendez-vous c’était rarement parce qu’il s’agissait d’un rendez-vous d’affaire. Il se demandait à quoi s’attendre de la soirée quand Charlie sortit de sa chambre. Il en eut le souffle coupé. Elle avait changé ! La métamorphose était extraordinaire. Beaucoup plus proche de la Charlene d’autrefois mais avec quelque chose de différent. La maturité peut-être. Elle était superbe. Il aurait des difficultés à rester maître de lui.

-         Bonsoir Charlie. Vous êtes superbe !

-         Merci monsieur Petrovski, vous êtes pas mal non plus. Merci pour les fleurs !

-         Mais je vous en prie ! Et appelez-moi Dragan s’il vous plait. Vous êtes prêtes ?

-         Oui, je vous suis. Bonne soirée les filles !

-         Bonne soirée Charlie. Au fait, je dors chez Cleo ce soir, soirée sex and the city-cosmopolitan au programme ! A demain ma belle !

Charlie sourit. Le message était clair. Ramène ce bellâtre dans ton lit ce soir, personne ne sera là pour se plaindre du bruit. Comme si elle allait le faire monter dans sa chambre au premier rendez-vous !

Dragan lui ouvrit la portière de sa voiture, une magnifique chevrolet cabriolet rouge vif.

-         Nous allons au bord du fleuve, dans un petit restaurant que m’a conseillé un ami. On y mange le meilleur gombo de tout l’état parait-il.

-         J’adore le gombo ! S’agit-il du Creole’s ?

-         Oui en effet !

-         La patronne est absolument adorable !

Au moins avait-il choisi le bon endroit pour ce repas. Ils furent placés sur la terrasse, juste à côté d’un ventilateur. Josephina, la patronne, vint personnellement prendre la commande. Dragan fut surpris de l’accueil chaleureux qu’elle réserva à Charlie. Il comprit cependant rapidement que cette dernière avait travaillé ici à son arrivée à la Nouvelle-Orléans. Il lui jeta un coup d’œil faussement surpris.

-         Vous avez travaillé ici ?

-         Oui. Quand je suis arrivée ici je n’avais pas de travail et pas d’endroit ou dormir. Je me suis présentée pour un poste de serveuse et Josephina m’a engagée. Notre collaboration n’a pas duré très longtemps, c’est ici que j’ai rencontré Samantha. Nous sommes devenues amies et par la suite elle m’a fait engagé chez Cyberus. Mais je n’oublierai jamais la gentillesse de Josephina. Je reviens ici régulièrement en souvenir du bon vieux temps.

-         Voilà qui n’est pas banal ! Et vous étiez où avant d’arriver à la Nouvelle-Orléans ?

-         De la côte ouest. Je… je suis partie peu après le décès de mon père. J’avais besoin de nouveaux horizons, d’un nouveau départ.

-         Je suis navré pour votre père. Et comment avez-vous choisi la Nouvelle-Orléans ?

-         Un peu au hasard je l’avoue. Mais j’avais adoré le film Entretien avec un vampire et j’avais envie de voir cette ville. J’adore le jazz et le blues et ici c’est le meilleur endroit pour en écouter. Et vous-même vous venez d’où ?

-         Et bien je suis né à Moscou. Mon père était un brillant scientifique et il est passé à l’ouest avec moi alors que j’étais encore un petit enfant. J’ai grandi à San Francisco et j’y habite encore.

-         Et votre mère ?

-         Elle n’a pas pu nous accompagner durant notre transfert. Elle est décédée peu de temps après.

-         Oh ! Je suis navrée !

Dragan ne s’était pas attendu à lui révéler toutes ces choses. Mais la façon qu’elle avait de le regarder et la visible compassion et compréhension qu’elle avait pour lui avait eu raison de son envie de mutisme. Et si il voulait bénéficier de sa confiance, il fallait qu’il lui fasse confiance d’abord.

-         Ce n’est rien, c’est triste mais je ne me souviens pas d’elle. De fait c’est ma belle-mère qui m’a quasiment élevé. Une femme extraordinaire. Elle travaille avec moi depuis le décès de mon père.

-         Elle donne des cours de self-défense ?

-         Elaine ? Non, du tout. Elle est la plus incroyable secrétaire que j’ai jamais eu !

Charlie eut un étrange sentiment, comme une sonnette d’alarme qui résonnait dans sa tête. Elaine Petrovski, ce nom lui était familier. Dragan sentit immédiatement qu’il avait fait une gaffe. Il dévia subitement la conversation.

-         Bien, pour en revenir à notre collaboration, quels sont pour vous les choses à apprendre à vos collègues en priorité ?

-         Heu… Garder son calme, analyser la situation. Agir au besoin. En fait ils devraient apprendre à immobiliser leur agresseur le temps pour eux de se mettre à l’abri. Il est inutile d’en faire des justiciers.

-         Sans quoi que deviendrait Batman je vous le demande.

Charlie ouvrit de grands yeux étonnés et éclata de rire. Elle n’avait pas ri pareillement depuis des années.

-         N’oubliez pas ce pauvre Robin… Je vois assez mal nos informaticiens se transformer en justiciers masqués… Mais je me verrais bien en Catwoman !

Dragan eut la vision de Charlie dans un costume de latex moulant. Sa voix se fit rauque.

 

-         Je vous verrais bien également.

-         Et vous, qui seriez-vous ? demanda innocemment Charlie, faisant semblant d’ignorer le trouble dans la voix de Dragan.

-         Hmmm… Batman, évidemment.

-         Un Batman russe ? Je demande à voir !

-         A la décharge de notre sainte mère la Russie, les super héros ne sont pas légions…

Josephina apporta le gombo et ils commencèrent à manger en silence. Charlie n’avait rien voulu avaler à la maison et était affamée. Elle fit honneur au plat de son amie. Dragan l’observait dévoré son assiette. Elle avait une façon extraordinaire d’apporter sa nourriture à sa bouche, de façon terriblement sensuelle. Elle ne se rendait absolument pas compte de l’état dans lequel elle le mettait. Ils mangèrent silencieusement, se regardant longuement. Leur assiette terminée, Josephina leur apporta un verre de son meilleur rhum. Charlie le sentit longuement avant de tremper ses lèvres dans le liquide ambré.

-         Profitez de ce moment Dragan. Un tel rhum est très difficile à trouver. Certains tueraient pour savoir ou Josephina le trouve…

-         Ah oui ? J’avoue ne pas vraiment m’y connaître en rhum. Celui-ci semble fort.

-         Oh il l’est ! Il commence par vous brûler la langue puis lentement se dégage tout son arôme. Il est heureux que je n’en boive pas trop souvent sinon mon estomac se liquéfierait !

Ils burent leur rhum, finissant de mettre au point les cours qu’ils allaient donné. Puis vint le moment de rentrer. Charlie était subitement nerveuse lorsqu’elle entra dans la voiture de Dragan. Allait-il l’embrasser ? Allait-elle le laisser faire ? Elle eut la réponse quand ils arrivèrent chez elle. Dragan sortit de l’auto pour lui ouvrir la portière et l’accompagna jusqu’à sa porte.

-         Je vous remercie Dragan pour cette excellente soirée !

-         C’est moi qui vous remercie Charlie. Ce fut un vrai plaisir.

Puis n’y tenant plus, il fit ce qu’il avait rêvé de faire toute la nuit précédente et toute la journée. Il caressa doucement sa joue et l’embrassa. D’un baiser délicat et doux. Auquel Charlie répondit avec hésitation puis avec passion. De doux, il devint exigeant, mordillant légèrement les lèvres pulpeuses de la jeune femme. Elle se pressa contre lui, son corps épousant à merveille celui de Dragan. Il passa une de ses mains derrière la nuque de la jeune femme, l’autre main glissa délicatement sous la robe pour venir englober une fesse douce et ronde. Charlie gémit doucement et ses mains se crispèrent dans la chevelure blonde de Dragan. Elle sentit l’intensité du désir de Dragan contre son ventre plat et fut émerveillée d’en être responsable. Puis Dragan se détacha d’elle à regret.

-         Non… murmura t’elle.

-         Je… Charlie, je vous assure que mes intentions n’étaient pas de cet ordre quand je vous ai invité… Je ferais mieux de partir.

-         Non ! dit-elle plus fort cette fois.

-         Vous êtes sûre ?

La jeune femme ne répondit pas, mais commença à déboutonner sa robe, là, au milieu du jardin de sa maison. Dragan sentit ses bonnes résolutions le quitter et se précipita sur elle, la porta dans ses bras et grimpa les quelques marches qui les séparaient de l’appartement de Charlie. Dès qu’ils eurent passés la porte, il la déposa et la plaqua contre le mur, les mains levées au dessus de la tête, fermement maintenues d’une poigne de fer par ses mains. Il l’embrassa sauvagement, presque désespérément. Elle répondait à ses baisers avec une urgence quasiment douloureuse, comme si elle voulait se fondre en lui. Doucement, il relâcha ses bras et ses mains commencèrent à caresser lentement ses seins à travers le tissu léger de sa robe. Charlie enfouit ses mains dans la chevelure de Dragan, puis les laissa explorer le corps qui se pressait contre le sien. Fébrilement, il commença à déboutonner la robe, les mains tremblantes. Elle rit et l’aida, puis s’attaqua à la chemise blanche. Elle ne parvint pas à défaire la ceinture et Dragan prit le relais en souriant. Les yeux de la jeune femme s’assombrirent sous l’effet de son désir. Il avait un corps parfait, musclé et doux. Et elle put constater qu’il avait au moins autant envie d’elle qu’elle-même en constatant à quel point le caleçon qu’il portait était tendu. Dragan avait fini de lui ôter sa robe et ne pouvait détacher ses yeux de la jeune femme. La lingerie qu’elle portait était terriblement sensuelle, innocente et sexy à la fois. Délicatement, il lui enleva son soutien-gorge et contempla sa poitrine ronde et ferme. Elle le regardait avec des yeux émerveillés et brûlant d’envie. Il la prit dans ses bras et l’embrassa, sentant le cœur de la jeune femme battre au même rythme que le sien contre sa poitrine.

Charlie n’en pouvait plus, elle ne pensait qu’à une chose, qu’il vienne en elle, qu’il la fasse sienne et que ces instants magiques ne cessent jamais. Avec des gestes maladroits, elle entreprit de lui enlever la barrière de tissu qui la séparait de la virilité triomphante de son amant. Il se laissa faire, fermant les yeux. Il n’avait jamais ressenti une telle soif, une telle envie, un tel besoin de faire l’amour à une femme. Lorsqu’elle l’eut mit littéralement à nu, il la reprit dans ses bras et la porta dans sa chambre. Un immense lit aux montants de cuivre prenait toute la place. Il la posa dessus et s’agenouilla devant elle. Il lui enleva son string en dentelle blanche puis embrassa et mordilla la chair tendre de la jeune femme. D’une main il caressait un sein blanc, de l’autre il traçait des arabesques sur le ventre plat de Charlie. De sa langue il effleura le bouton de sa fleur secrète (non mais je vous jure, c’est vraiment débile le vocabulaire Harlequin…), et fut récompensé par le gémissement de sa compagne. Il continua tant et si bien que Charlie se tendit subitement et gémit plus fort, jusqu’à hurler son nom dans la nuit chaude. Il mit la main sur un préservatif déposé sur la table de nuit et ne put s’empêcher de sourire en voyant un mot écrit de la main de Samantha « amusez-vous bien ». Il commençait à adorer les collègues de Charlie. Il enfila prestement la protection et coucha Charlie sur le lit. Il se mit au dessus d’elle, l’embrassa longuement. Charlie n’y tenait plus, elle planta son regard dans le feu glacé de celui de son amant et murmura :

-         Distrait ?

-         Non, répondit-il, concentré, très concentré.

-         Prouve-le.

Il n’en fallait pas plus, il la pénétra d’un puissant coup de rein et le monde s’évanouit autour de lui. Ne restait plus que la chair chaude et humide de sa compagne, ses yeux embués de plaisir, les gémissements de bonheur qu’elle feulait au creux de la nuit. Lorsqu’il sentit venir le plaisir ultime, il se retint, voulant faire durer ce moment parfait, mais Charlie s’agrippa à ses hanches et le fit plonger en elle, plus loin, plus fort. Il ne sut lequel des deux hurla en premier, mais il fut certain de n’avoir jamais ressenti pareil bonheur dans les bras d’une femme. Il regarda avec tendresse la jeune femme, qui déjà se laissait emporter par le sommeil. Elle avait un air serein qu’il ne lui avait jamais vu. Il se coucha à ses côtés, voulant la regarder dormir le plus longtemps possible, mais bientôt, il se sentit partir au pays des rêves.

Charlie ouvrit les yeux, un étrange sentiment de bien-être l’emplissant. Il lui fallu quelques secondes avant de réaliser qu’une main, un bras d’homme l’entourait. Derrière elle, elle sentit le souffle chaud de Dragan contre sa nuque. Ses jambes puissantes mêlées aux siennes, elle était prisonnière de cet homme. Loin de la perturber, cette idée la réconfortait, la rassurait. Puis elle se souvint de ce qu’elle avait avec cet homme durant la nuit et elle se sentit rougir. Puis croisa le regard de Dragan dans le miroir à côté du lit.

-         Pourquoi rougir milaya ? regrettes-tu ?

-         Non c’est juste que…

-         Que tu ne pensais pas que je finirais dans ton lit si vite… Rassure-toi, je ne l’espérais pas non plus… pas aussi vite… Mais… je ne vais pas m’en plaindre. Et toi ?

-         Non, je ne m’en plains pas, mais… Seigneur… Je ne pensais pas que c’était possible d’être aussi… bien !

-         Hmmm… tu flattes ma vanité angel moy.

Il resserra un peu plus son étreinte autour de la jeune femme, lui fit sentir le désir d’elle qui déjà se manifestait. Elle rougit de plus belle et se retourna pour nicher sa tête dans le creux du cou de son amant. Il caressa longuement sa chevelure, embrassant ses lèvres pleines. Elle le surprit quand elle roula pour se mettre au dessus de lui. Elle le regarda droit dans les yeux et lentement, s’empala sur le morceau de chair palpitante gonflée de désir. Lentement, elle le chevaucha, ondulant des hanches. Les mains de Dragan se posèrent sur la poitrine de Charlie, qu’il caressa. Puis le rythme s’accélérant, il l’attira contre lui et ils s’embrassèrent profondément. Une nouvelle fois, la magie qu’il y avait entre eux les firent s’envoler ensemble sur les ailes du plaisir.

Puis Charlie jeta un coup d’œil sur le réveil.

-         Oh misère, je vais être en retard au travail !

-         Tu ne veux pas être malade un peu ? Je suis un excellent infirmer lyubimaya !

-         Je n’en doute pas, mais je ne peux pas m’absenter deux jours de suite. Je dois vraiment retourner travailler.

-         On se voit ce soir ? Pour le travail et… éventuellement pour autre chose…

-         Je… oui.

Il avait bien senti son hésitation mais mit cela sur le compte de sa timidité. Il la regarda courir, nue, vers la salle de bain. Il aurait voulu la rejoindre, sachant d’avance comment se terminerait la séance d’ablution. Mais il n’en fit rien. Il passa dans la deuxième salle de bain, prit une douche glacée et s’habilla. Il était en train de terminer de faire un café à la jeune femme quand Charlie sortit de sa salle de bain. Elle était magnifique, les cheveux encore humide, l’air un peu hagard, vêtue d’un tailleur violet. Elle attrapa une tasse du liquide brûlant et remercia Dragan d’un beau sourire. Appuyée contre la table de la cuisine, elle semblait insensible au désir qui avait prit possession de Dragan. Elle le regardait de ses grands yeux argentés, innocente et douce. Dragan voyait au moins 5 ou 6 façons d’utiliser cette même table à des fins inavouables. « Bon sang me voila redevenu un adolescent ! Incapable de contrôler mes hormones… ».

-         Tu veux que je t’amène au travail ?

-         Volontiers, d’habitude je vais avec Samantha.

-         Tu me rappelleras de la remercier.

-          Et pourquoi ?

-         Oh… pour avoir laisser le champ libre et pour… les petites choses sur ta table de nuit.

-         Petite, petite, c’est vite dit.

Se rendant compte de ce qu’elle venait de dire, elle piqua un fard et ferma les yeux. Elle ne put donc pas voir la mine réjouie et amusée de son compagnon. Ni l’étincelle de tendresse qui s’alluma dans ses yeux.

-         Si tu le dis… Etant un gentleman, je ne contredis jamais les dames.

-         Si tu étais un gentleman tu ne relèverais pas ce que je viens de dire…

-         Allez, en route milaya. Tu vas vraiment être en retard autrement.

Lorsqu’il la déposa devant l’immeuble de Cyberus, il la retint un instant et l’embrassa passionnément.

Chapitre V

le 26/11/2006 à 18h41
A peine arrivée dans son bureau, elle fut observée de bas en haut et de haut en bas par ses collègues. Elle les salua normalement, faisant comme si de rien  n’était. Elle s’assit à son bureau, alluma son ordinateur et prépara une pile de papier à classer et des dossiers à traiter. Son manège dura quelques minutes, jusqu’à ce que Samantha n’en puisse plus et finisse par poser la question.

-         Alors ?

-         Alors quoi ?

-         Oh s’il te plait Charlie ! Raconte ! Il t’a raccompagnée`

-         Oui… entre autre…

-         Et quoi alors ? Il t’a… rendue toute chose ?

-         Aussi oui…

-         Charlie Atkins, si tu ne réponds pas dans la minute à nos questions nous allons t’harceler devant tous nos collègues sur ta nuit d’amour.

-         Oh mais les filles, un peu de tenue ! Vous voulez savoir ?

-         Non, non on ne te pose la question parce que justement on s’en fiche. Tu penses bien.

-         Bon bon… Ok… Nous sommes allés manger chez Josephina, et il m’a raccompagnée à la maison et… sur le pas de la porte il m’a littéralement emportée et plaquée contre le mur. Disons que nous n’avons pas beaucoup dormi cette nuit, qu’il est aussi sexy nu qu’habillé et qu’il est très… malléable le matin.

-         Wouah ! Et il était heu… à la hauteur ?

-         Oh oui ! C’était… paradisiaque. Merci de m’avoir un peu bousculée les filles. Sans vous… j’aurais dormi cette nuit.

-         A ton service ma grande ! Tu le revois quand ? demanda Lee

-         Ce soir. Nous avons un cours et ensuite…

-         Ensuite il faudra que vous trouviez un autre endroit ou hum, passer du temps, je rentre à la maison.

-         Sam !

-         Ma petite Charlie, je ne vais pas déserter notre appartement parce que tu veux t’envoyer en l’air. Il doit bien avoir un endroit où dormir ce diable d’homme !

Et effectivement, il logeait dans un très bel hôtel en plein centre du vieux carré. Ils y passèrent la majorité de leur nuit pendant les deux semaines qui suivirent. Un matin, elle prévint Dragan qu’elle avait prévu quelque chose de spécial pour le soir. Lorsqu’ils arrivèrent à l’hôtel, elle sortit son sac de sport et l’emmena dans la chambre luxueuse. Ils entrèrent dans la chambre, le cœur battant. Lui ne sachant pas ce qu’il allait lui arrivé mais se délectant à l’avance des idées de Charlie, elle pleine d’appréhension et de désir. Ils se regardèrent longuement, puis elle l’embrassa avec avidité et force, planta son regard dans le sien.

-         Me fais-tu confiance ? demanda t’elle d’une voix rendue rauque par le désir.

-         Oui, mais…

-         Chut… Tais-toi et laisse-toi faire.

Elle entreprit de le déshabiller, caressant et embrassant chaque partie du corps parfait de son amant. Lorsque enfin il fut entièrement nu et visiblement aussi excité qu’elle, elle le poussa sur le lit avec un sourire coquin.

-         Cette nuit, tu seras ma chose. Tu ne parles pas, tu ne m’interromps pas.

Elle sortit un foulard qu’elle banda sur ses yeux. Elle était nerveuse mais s’était jurée que cette nuit serait spéciale. Elle l’installa confortablement dans le lit, puis noua un foulard de soie à chacun de ses poignets et chevilles, foulards qu’elle lia aux quatre montant du lit. Dragan était à sa merci, attaché dans le grand lit. Il était étonné de l’audace de Charlie. Ces dernières semaines, il s’était évertué à percer la carapace protectrice de la jeune femme, sans grands résultats. Mais après une nuit pareille, il sentait qu’il allait pouvoir lui dire qui il était et pourquoi il était là. Il redoutait sa réaction, mais il était relativement confiant.  Pour le moment il se focalisait entièrement sur les caresses qu’elle prodiguait à son corps. Elle l’embrassait et le caressait, léchant ses tétons, les mordillant. Puis elle mit des gants de cuir et commença à le caresser, lui procurant des sensations aussi inédites que troublantes.

-         Mais qu’est-ce que tu fais ? s’étrangla t’il.

-         On se tait, monsieur Petrovski. La seule chose que je t’autorise à dire c’est « oui » et « encore »…

Elle l’embrassa délicatement, puis sa bouche descendit le long du torse de son amant, puis de ses mains gantées elle entreprit de caresser son sexe raidi par l’excitation et le désir. Dragan poussa un gémissement. S’enhardissant, elle commença à lécher le membre tendu par petites touches, ses mains continuant leur mouvement de va et vient. Son petit manège dura longtemps, jusqu’à ce qu’elle le sente sur le point de jouir. Alors elle stoppa tout et prit des glaçons dans la glacière et les fit fondre sur le ventre de son amant. Ce dernier usait de tous les artifices pour contenir la jouissance qu’il sentait si proche. L’effet du cube de glace fut suffisant pour éviter de le laisser aller trop vite. Charlie recommença à le caresser, à le lécher, le mordiller, jusqu’à ce qu’il soit sur le point de jouir, une fois, deux fois, dix fois. Il n’en pouvait plus et le lui fit savoir. Il savait qu’il pouvait défaire les liens d’une simple secousse, mais il voulait savoir jusqu’elle était prête à aller. Or la délicieuse torture qu’elle lui prodiguait le rendait fou.

-         Charlie je t’en supplie…

-         Chut… laisse-toi faire…

Elle était étonnée de son apparente maîtrise. Elle tremblait de son aplomb alors qu’elle se sentait terriblement gauche et maladroite. Elle était émue également, de la confiance de Dragan. Cet homme si fort qui pourrait se libérer en une seconde et qui pourtant se laisser faire par elle. Elle le sentait sur le point de craquer et finit par lui offrir leur délivrance à tout deux. Elle le chevaucha, d’un rythme lent puis de plus en plus rapide et saccadé, jusqu’à ce qu’ils perdent totalement pied avec la réalité.

Dragan n’avait jamais joui avec une telle force. Il y avait beaucoup de choses qu’il n’avait jamais avec aucune femme et que Charlie lui offrait, avec cette candeur et cette confiance extraordinaire. Etait-ce donc cela que l’on appelait l’amour ? Il se rendit compte que oui. C’était bien ça. Il était tout bonnement tombé amoureux de cette jeune femme si merveilleuse. Loin de l’effrayer, cette constatation le remplit de bonheur.

-         ya tebya lyublyu Charlie, murmura t’il.

-         Tu disais ? j’ai oublié mon petit dictionnaire franco-russe.

-         Je disais, je t’aime Charlie.

Elle sentit une immense chaleur l’envahir. Il l’aimait ! Elle en pleura de joie.

-         Charlie ? ça va ?

-         Oui, c’est juste que… je suis si heureuse, oh Dragan, je t’aime aussi, si tu savais à quel point !

-         Je crois que tu viens de m’en donner un petit aperçu milaya…

Il défit ses liens et la serra longuement contre lui. Leur deux cœurs battant à l’unisson (et rond et rond petit patapon). Ce qu’ils venaient de vivre tous deux lui rappela un tableau d’un artiste un peu étrange qu’il aimait énormément, Luis De La Royo. Simplement appelé le prisonnier, il lui faisait penser à ce qu’il venait de vivre. Il vivait le grand amour avec la geôlière de son cœur et il n’aurait pas pu être plus heureux qu’à cet instant précis.

chapitre VI

le 08/08/2007 à 22h59

Dragan regardait Charlie dormir. Qu’elle était paisible dans son sommeil… Ces derniers jours avaient été un festival d’émotion pour lui. Il se sentait tour à tour le plus heureux des hommes et le dernier des derniers. Sachant qu’à un moment ou à un autre il devrait lui dire la véritable raison de sa présence tout en lui assurant la pureté de son amour. Car il s’agissait bel et bien d’amour. Jamais il n’avait ressenti ce sentiment presque douloureux, cette envie de protéger quelqu’un plus que tout autre au monde… Mais il ne pouvait pas rester indéfiniment à
la Nouvelle-Orléans
, tout comme il ne pouvait pas cacher pourquoi il s’y était rendu. Il savait qu’elle prendrait très mal mais il espérait qu’elle pourrait lui pardonner. Tant de bonheur possible et si peu d’espoir…


Charlie se retourna, gémissant, visiblement en proie à un mauvais rêve. Elle semblait se débattre avec quelque chose ou quelqu’un. Son visage se contracta sous l’effet de la peur et elle ouvrit subitement les yeux retenant à peine un cri. Elle resta assise quelques secondes, peinant à sortir de son cauchemar. Dragan la prit dans ses bras et lui murmura des mots tendres et rassurant dans sa langue maternelle.


-         Ma douce, je suis là, calme-toi…


-         Je… oh mon dieu Dragan… Je…


-         Chut petite colombe, ne dis rien… Je suis là…


Elle s’accrochait à lui, terriblement effrayée… Des bribes de son cauchemar encore à l’esprit, elle peinait à reprendre pied avec la réalité. La chaleur rassurante de Dragan la calma peu à peu. Elle avait longuement réfléchi au cours des derniers jours. Elle se sentait si bien avec lui, elle ne voulait pas le perdre, sentant qu’il était en définitive l’homme de sa vie. Mais il n’allait pas rester à

la Nouvelle-Orléans.
Lorsque

son contrat avec l’entreprise serait arrivé à son terme, il repartirait pour San Francisco et elle ne pourrait pas le suivre… Elle ne savait pas si son harceleur avait enfin décidé de la laisser tranquille et même si c’était le cas elle avait enfreint un certain nombre de loi en disparaissant de la sorte. Revenir serait bien trop pénible à bien des points de vue. Avouer la vérité à Dragan était une possibilité mais elle avait peur de sa réaction. Après tout elle lui avait menti, certes pour garder l’anonymat et la sécurité… Elle prit une grande inspiration et se dit que finalement elle ne saurait jamais ce qu’aurait pu être sa réaction si elle ne lui disait rien. Autant tout lui dire, quitte à souffrir tout de suite. Elle n’était plus à un sacrifice prêt. Au moment où elle ouvrit la bouche son téléphone sonna. Elle se pencha par-dessus Dragan pour l’attraper, ce dernier l’emprisonnant dans ses bras dans la foulée.


-         Charlie Atkins ?


-         Mademoiselle Atkins ? Ici le détective Granger de la police criminelle de
la Nouvelle-Orléans
.


-         Euh oui ?


-         Navrée de vous déranger à cette heure mais j’ai une bien triste nouvelle à vous annoncer. Nous avons retrouvé ce matin le corps de Samantha Devereaux dans une ruelle du vieux carré. Vous étiez la personne à contacter en cas d’urgence, vous serait-il possible de vous rendre à la morgue afin d’identifier le corps ? Je sais que cette démarche doit vous sembler pénible et que vous avez beaucoup d’informations à digérer mais nous avons grandement besoin de vous.


-         Sam ? morte ? vous… ce n’est pas possible je l’ai eu au téléphone vers minuit !


-         Je suis vraiment désolé mademoiselle, mais c’est hélas la triste vérité. Quelqu’un peut-il vous accompagner ? Dans le cas contraire une voiture viendra vous chercher.


-         Non c’est bon, mon ami m’accompagnera.


-         A tout à l’heure mademoiselle et je suis vraiment désolé de vous annoncer cette si triste nouvelle.


-         Merci officier


-         Détective Granger.


-         Oui merci détective Granger.


Elle reposa son téléphone sur la table de nuit, les mains tremblantes. Elle ne réalisait pas ce qu’elle venait d’entendre. Sam. Morte. Impossible. Dragan avait tout de suite compris et la pris dans ses bras, la serrant tendrement contre lui tentant de lui transmettre un peu de sa force. Elle était glacée. Elle finit par se lever, marchant comme un automate, s’habillant sans vraiment y faire attention. Lui enfila rapidement un jean et un t-shirt, sa paire de botte et prit les clés de sa voiture. Charlie ne dit pas un mot durant tout le trajet pour la morgue. Elle semblait déconnectée de la réalité. Arrivés devant la porte de la bâtisse, le détective Granger les y attendant, elle sembla soudain réaliser que ce n’était pas un mauvais rêve de plus.


-         Oh mon dieu, Dragan, c’est donc vrai ??


-         J’en ai bien peur ma douce…


-         Bonjour msieur-dame, je suis le détective Granger. Vous devez être mademoiselle Atkins ? Et vous monsieur, vous êtes ?


-         Un ami, Dragan Petrovski.


-         Petrovski… ça me dit quelque chose… forces spéciales ?


-         En effet mais comment…


-         Mon frère m’a beaucoup parlé de vous… il a longtemps habité San Francisco et était lui-même dans les forces spéciales. Vous êtes à présent…


-         Professeur d’art martiaux et de self-défense.


-         Tiens je croyais que…


-         Vous croyez mal je le crains.


Faisant un léger coup d’œil vers Charlie il espéra que sa mise en garde avait été comprise. Il sembla que oui puisque le détective les fit entrer dans la morgue. Longeant plusieurs couloirs et corridors ils prirent un ascenseur et finirent pas arriver dans la salle de présentation des corps aux familles.


-         mademoiselle Samantha Devereaux n’avait plus de famille aussi c’est à vous que revient le pénible devoir de l’identifier. Ca va aller ?


-         Je ne sais pas… Je vais essayer… murmura Charlie


Un corps était allongé sur une table en inox, simplement recouvert d’un drap blanc. Le détective souleva délicatement un coin du drap et dévoila le visage d’une jeune femme. Au léger cri de souffrance de Charlie il comprit qu’il s’agissant bel et bien de Samantha. Craignant qu’elle ne s’évanouisse Dragan la serra un peu plus fort contre lui. Elle le surprit en le repoussant et en s’approchant de sa défunte amie. Elle l’observa de longues minutes, des larmes roulant délicatement sur ses joues. Puis de la main elle chassa une mèche de cheveux du visage de Sam et embrassa délicatement son front. Elle se retourna vers Dragan et l’enlaça fortement. Le détective recouvrit le corps de Sam et les pria de le suivre dans un bureau attenant.

Chapitre VII

le 08/08/2007 à 23h00

-         Mademoiselle Atkins, j’ai quelques questions à vous poser.


-         Je… oui, je vous écoute.


-         Votre amie a été assassinée. Je vous épargnerai les détails sordides mais ce n’était pas joli à voir.


-         Seigneur, non…


-         Hélas oui. Si vous êtes ici c’est qu’il semblerait à première vue que vous soyez liée à ce meurtre d’une certaine manière.


-         Pardon ?? Vous me suspectez ?


-         Non, je ne me suis pas bien fait comprendre. Je vais vous montrer quelque chose et j’aimerais que vous me répondiez en toute honnêteté.


Il lui tendit alors une photographie du lieu du crime. On pouvait voir le corps recouvert de Sam allongé sur le sol, dans une ruelle sale comme il y en a beaucoup. Sur le mur de brique derrière elle, une inscription : Charlie Williams, rentre à la maison ou Sam ne sera que la première. Charlie sentit son sang se vider et sa tête bourdonner, le monde s’effaça derrière un brouillard de coton et elle perdit connaissance.


-         Bien, je crois que plus honnête que ça, ça sera difficile de trouver. Murmura le détective Granger. Vous étiez au courant je suppose ? ajouta t’il en direction de Dragan


-         Oui mais elle l’ignore.


-         Hmm… Je vois… La situation est délicate…


-         Je la protégerai.


-         Elle va en avoir besoin. Elle sera entre de bonnes mains… Ah la revoilà.


Charlie reprit connaissance et regarda tour à tour Dragan et le détective.


-         J’imagine que je vous dois une explication…


-         Je pense que cela serait bien oui, dit le détective. J’ai ma petite idée mais j’aimerais bien entendre votre version.


-         Dragan, je te demande pardon… je… je t’ai menti et…


-         Ce n’est rien  ma belle, nul n’est parfait… Explique-nous c’est tout ce que l’on te demande.


-         Il y a 5 ans, un malade à commencer à m’envoyer des photos de moi, à me suivre partout, il a pénétrer chez moi par effraction, tuer mon chat et s’est attaqué à mes amis. Je n’ai pas pu supporter… La police n’avait aucune piste et je refusais de vivre dans la peur jusqu’à ce qu’on le retrouve si tant est qu’on le retrouve un jour. J’ai… j’ai décidé de tout quitter et grâce à mon avocat j’ai pu récupérer un nouveau nom, un nouveau numéro de sécurité social… L’argent n’était pas un problème, toute ma fortune a été placée dans une fondation dont je suis l’unique bénéficiaire grâce à un stratagème de mon avocat… Mon nom est Charlie Williams, pas Atkins. Et le malade qui me suivait à San Francisco est de retour… Mon dieu, Sam !!! Elle est morte à cause de moi !!!


Charlie s’effondra en pleurs, désespérée. Dragan la prit dans ses bras et tenta de la consoler mais n’y parvint pas. Elle pleura ainsi pendant presque une heure. Le détective Granger appela plusieurs de ses collègues et se rendit auprès de son chef durant l’intervalle. Lorsqu’elle reprit ses esprits, elle n’osa pas regarder Dragan dans les yeux, pétrifiée à l’idée qu’il ne veuille plus d’elle. Il lui prit le menton et planta son regard dans le sien.


-         Je t’aime milaya, rien ne pourra changer ça. Rassure-toi. Et moi-même j’ai quelques révélations à te faire…


-         Pardon ? de quoi tu parles ?


-         Hé bien, je suis…


A cet instant le détective revint dans la pièce accompagné d’une copie conforme de lui, quelques années plus jeune.


-         Petrovski, mon russe préféré ! John m’a dit que le meilleur détective privé de la cote ouest était venu se perdre dans notre bon vieux sud, je ne pouvais pas te rater ! Charlie ! Ravi de vous revoir ! Vous avez changé dites-moi ! Vous ne vous souvenez pas de moi ? J’étais un des gardes du corps de votre père !


-         Si si je me souviens de vous Ryan ! mais… détective privé ? Charlie le regarda avec effroi


-         Je ne suis pas exactement professeur d’art martial ma douce.


-         Mais tu es quoi ? Tu es qui ?


-         Je m’appelle bien Dragan Petrovski et je suis détective privé à San Francisco. J’ai été mandaté pour te retrouver. Ma secrétaire Elaine t’a rencontrée lors de la convention de secrétaire et c’est ainsi que j’ai retrouvé ta trace. Ma mission était de te ramener à Frisco.


-         Tu… non… tout ça alors, c’était juste pour me ramener ?


-         Non. Au début je voulais juste que tu me fasses confiance, mais ensuite…


-         C’est un cauchemar…


-         Excusez-moi de vous interrompre mais j’ai quelques questions à poser à Petrovski, coupa le détective. Ryan, tu veux bien tenir compagnie à mademoiselle Williams un instant ? un café lui ferait le plus grand bien je pense.


-         Bien sur John, venez avec moi mademoiselle.


Charlie sortit de la pièce comme une furie, laissant Dragan et le détective Granger. Ce dernier désigna un siège à Dragan et s’assit en face de lui.


-         Je suis navré. J’ai pourtant expliqué la situation à mon frère mais…


-         Votre frère et moi ne nous entendions guère à l’époque et les choses n’ont visiblement pas évoluées. D’une manière ou d’une autre, j’imagine qu’il s’estime ravi de la situation. Vous n’avez pas à vous excuser.


-         J’ai quelques questions à vous poser. La première est : pensez-vous que le meurtrier soit le même homme que celui qui a suivi Charlie lorsqu’elle était à San Francisco ?


-         C’est possible. Mon instinct dit que oui mais je n’ai pas vu les lieux du crime et j’imagine qu’il doit y avoir des preuves allant dans ce sens pour que vous me posiez la question.


-         En effet. On a découvert des photos de Charlie et de vous dans votre hôtel. Des photos dénudées.


-         Nom de …


-         Je ne vous le fais pas dire. Maintenant j’ai une autre question. Pensez-vous que c’est en vous suivant qu’il l’a retrouvée ?


-         C’est possible. Mais peu probable à moins d’une taupe chez moi il ne pouvait pas savoir que je me rendais ici pour résoudre l’affaire Williams.


-         Mais vous ne pouvez exclure cette possibilité.


-         Non. Bon sang, elle va me haïr. Si ce malade l’a retrouvé par ma faute et a tué ensuite Sam… Bon dieu…


-         Le plus important c’est de protéger mademoiselle Williams. Elle va devoir quitter la région et se rendre dans un endroit sûr. Vous avez une idée ?


-         Je ne sais pas… je ne connais pas assez la région.


-         Oh mais je ne pensais pas forcément à la région immédiate. Mais nous ne sommes pas très loin de
la Floride


-         Ah oui d’accord… L’île des forces spéciales… C’est une bonne idée. Un endroit où n’entrent que ceux qui y sont autorisés. Je vais voir si on peut arranger la chose. Bien sur je m’occupe de sa sécurité. Elle peut me haïr si elle le souhaite, mais personne d’autre que moi n’assurera sa sécurité durant votre enquête. C’est bien ça que vous me demander ?


-         Oui détective c’est bien ça. Avant qu’une épidémie de mort violente ne s’installe dans l’entourage de mademoiselle Williams. Je vous laisse négocier avec les forces spéciales ?


-         C’est en ordre, je les appelle immédiatement.


Dragan organisa leur transport par le biais d’un vol privé, fit les démarches auprès de ses anciens collègues qui les autorisa à aller sur l’île au vu des circonstances et entreprit de faire parvenir des vivres et des vêtements  pour leur arrivée. Cela ne lui prit qu’une heure. Durant ce temps, Charlie parla avec Ryan, qui par un heureux hasard avait été le garde du corps de son père. Elle se replongea avec délice dans sa peau d’autrefois, pouvant pour la première fois en 5 ans reparler de son père, de ce qu’elle avait été avant.


-         Je suis désolé d’avoir vendu la mèche pour Petrovski. Nous n’avons jamais été amis et la tentation de le faire tomber de son pied d’estal a été trop forte. Néanmoins c’est le meilleur dans sa profession. Il était déjà le meilleur à l’époque des forces spéciales. Vous ne sauriez pas être entre de meilleures mains.


-         Non vous avez bien fait. Il m’a menti ! Et si ça se trouve c’est à cause de lui que…


-         Qui ne ment jamais ? ça m’arrache un peu la bouche de le dire, mais si il vous avez dit d’entrée qui il était et pourquoi il était là, vous l’auriez remballé aussi sec et vous auriez disparu à nouveau… Il est là pour vous donner la chance de retrouver votre vie d’avant. Il a peut-être, je dis bien peut-être, donné une piste à votre maniaque mais ce n’est pas lui qui tué votre amie. D’autant qu’il ignorait totalement que vous étiez suivie à l’époque, je me trompe ?


-         Non, vous avez raison… A part mon avocat, personne ne sait ce qui s’est passé… Mais il m’a menti…


-         La belle affaire… Vous avez menti aussi… Un point partout, balle au centre. Mais dites-moi, votre avocat, il est fiable ?


-         On ne peut plus fiable, pourquoi ?


-         Parce que je me demandais si par hasard il n’était pas mêlé d’une manière ou d’une autre à votre affaire… J’ai toujours trouvé son comportement louche quand vous avez disparue…


-         Parce qu’il savait la vérité. C’était le seul à savoir ce qu’il était advenu de moi. Il a prit soin de mon héritage durant mon absence, bref, il a tout fait pour que je garde mon patrimoine. Encore que je m’en fiche un peu à l’heure actuelle… Bon sang, mais qui peut donc me détester au point de tuer mes proches ?


-         Peut-être qu’il ne vous déteste pas… Peut-être est-ce l’inverse…


-         Vous croyez ?


-         Je n’en sais rien mais ça ne serait pas la première fois… Enfin… je fais confiance à mon frère et à Petrovski, ils feront ce qui doit être fait pour trouver le salopard qui a fait ça à votre amie. En ce moment ils doivent être en train de mettre au point un plan pour le coincer et vous protéger.


-         J’en ai assez de me cacher !!


-         Ca ne durera pas très longtemps… je connais mon frère, c’est un vrai pitt-bull. Il ne lâchera pas l’affaire avant d’avoir trouvé le type. Et Petrovski… hé bien lui ne vous laissera pas non plus tant qu’il ne sera pas certain que vous soyez en sécurité…


-         Qu’il essaie….


-         Oh il le fera, croyez-moi… Il a un très grand sens du devoir… Et n’allez pas imaginer que c’est par devoir qu’il s’est… rapproché de vous. Au contraire, ça a été plus fort que lui. Jamais il ne perd le contrôle, du moins du temps des Forces Spéciales. Je pourrais vous dire des choses sur lui… Enfin, c’est le passé. Et il va vous sauver.


-         Je… je vais appeler mon avocat, seule… Je dois régler deux trois choses avant de partir.


-         Bien, faites seulement, je serai dans la pièce à côté si jamais.


-         Merci Ryan.


A peine Ryan avait-il tourné le dos, qu’elle attrapait son téléphone portable et appelait son avocat. Elle lui exposa son plan en quelques minutes, donnant des directives et demandant quelques éclaircissements. Quand elle raccrocha le téléphone elle eut soudainement l’impression de se retrouver près de 5 ans auparavant. Sauf que cette fois, elle allait redevenir elle-même.

Chapitre VIII

le 08/08/2007 à 23h00

Elle sortit discrètement de la morgue, héla un taxi et se rendit à l’aéroport. Elle était à bord d’un avion quand Dragan se rendit compte qu’elle avait à nouveau disparu. Et cette fois, pas de secrétaire pour lui filer un tuyau. De frustration et de désespoir mêlés, il frappa un grand coup de poing contre le mur et se brisa deux phalanges.


-         Comment allons-nous la retrouver désormais ? Comment avez-vous pu la laisser seule à un tel moment ?


-         Calme-toi Petrovski, elle avait l’air de très bien intégrer les différentes nouvelles. A mon avis on aura bientôt de ses nouvelles…


Chapitre V



 



Charlie regardait le paysage défiler par le hublot de l’avion, insensible à la beauté des régions qu’elle survolait. Malgré la trahison de Dragan elle lui était reconnaissante. Pendant de courtes semaines elle avait renoué avec la Charlie d’autrefois, elle s’était souvenue de qui elle était avant que le monstre entre à nouveau dans sa vie. Bon sang… Il avait tué Sam ! Au souvenir de son amie gisant sur une table métallique, elle fondit en larme. C’était sa faute. Elle n’aurait jamais du se lier avec qui que ce soit. Cela n’apportait que souffrance pour les uns et les autres. Toutes les personnes qu’elle avait aimées avaient fini par sortir de sa vie. Mais il était trop tard à présent. Et elle avait compris une chose : on ne peut se cacher éternellement. Il était temps qu’elle reprenne sa place, quitte à mourir. Elle n’avait plus rien à perdre à présent.


Son voisin de droite lui tendit galamment un mouchoir.


-         J’ai horreur de voir une jolie femme pleurer.


-         Merci monsieur.


-         Ben Stockwell, appelez-moi Ben.


-         Charlie Williams.


-         Enchanté. J’espère qu’aucun membre de la gent masculine n’est la cause de vos larmes… Auquel cas je vous présente mes excuses en son nom et vous assure que n’en valons pas la peine.


-         Vous êtes adorable Ben.


-         Non, je suis gay. C’est souvent synonyme remarquer. Je le précise car je ne voudrais pas que vous succombiez à mon extraordinaire charme en vain.


Charlie éclata de rire.


-         Vous êtes incroyable !


-         Alors… c’est un homme ?


-         Oui. Enfin deux. Un qui pourrit ma vie et l’autre qui m’a trahi.


-         Ouch. Cela m’est arrivé quelque fois. Ça arrive souvent aux êtres exceptionnels comme nous. Nous sommes par trop magnifiques et désirables et nous attirons le monde entier… C’est notre croix.


-         En fait l’un de ses hommes a tué ma meilleure amie et l’autre… il s’est fait passer pour ce qu’il n’est pas.


-         Hmmm… ça fait beaucoup. Et que faites-vous dans cet avion ?


-         JE rentre chez moi. Pour la première fois en presque 5 ans.


-         Hé bien ! ça se fête ! Le champagne est de mise. C’est le meilleur anti-dépresseur que je connaisse, avec le chocolat.


-         Excellente idée !


-         Et j’en ai encore beaucoup des comme ça, chérie !


Le reste du trajet se déroula tranquillement, entre éclat de rires et larmes. Charlie adopta tout de suite Ben et c’était réciproque. Une heure avant l’atterrissage, elle lui raconta son histoire. C’était la première fois qu’elle se confiait à un inconnu. Etrangement elle se sentait en sécurité auprès de cet homme extravagant, maniéré à l’extrême et pourtant simple et tout à fait charmant. Il était l’incarnation parfaite de l’homosexuel décomplexé et sûr de lui.


-         Charlene Williams… La Williams ? Comme dans Charlene « je suis riche à millions et pourtant je disparais dans la nature » Williams ?


-         Oui…


-         Il me semblait que ton nom ne m’était pas inconnu… Je comprends mieux pourquoi tu as disparu… Mais tu n’avais pas fait appel à la police à l’époque ?


-         J’avais trop peur… Que le malade s’en prenne à un de mes proches plus violement qu’il ne l’avait fait à ce moment là… Résultat, je croyais être à l’abri, je pensais pouvoir refaire ma vie avec un homme extraordinaire et finalement l’autre malade m’a retrouvée et a tué ma meilleure amie. L’homme que j’aimais n’est qu’un vulgaire détective qui m’a trahi pour récupérer la récompense… Je vais de désillusions en désillusions…Et là je rentre chez moi… J’ai averti mon avocat et normalement il devrait avertir la presse de mon retour.


-         La meilleure défense c’est l’attaque…


-         C’est l’idée oui.


-         Mais alors chérie, excuse-moi, mais tu aurais pu t’habiller autrement… Et te maquiller un peu. On ne convoque pas la presse pour apparaître en guenilles.


-         Je n’ai pas vraiment pris le temps de réfléchir, j’ai sauté dans le premier avion et voilà.


-         Inexcusable… Te rends-tu compte ? Le retours de l’héritière disparue, il va y avoir tout ce que San Francisco compte de journalistes, presse écrite, télévisée… Tu ne peux pas te montrer à eux avec la tête que tu as…


-         Quoi ma tête ?


-         Tu ressembles à un raton laveur ma chérie. Il faut que l’on trouve de quoi t’habiller, te maquiller et te coiffer dès que nous serons à l’aéroport.


-         Mais qui es-tu ?


-         Ton nouveau garde du corps, styliste, visagiste attitré. Pas un mot, le grand Ben Stockwell s’occupe de toi.


Ben fit quelques téléphones et avait tout réglé en une dizaine de minutes.


-         Tu portes du 38 c’est bien ça ?


-         Oui mais…


-         Chut, un de mes amis me doit un service, ça sera un ensemble couture taille 38 toi. Tout est arrangé. Dès notre arrivée le personnel nous dirigera dans une zone ou tu pourras te faire belle.


A l’atterrissage,  Ben prit Charlie par la main et se fraya un passage à travers le flot de voyageurs. Un employé de l’aéroport les attendait pour les emmener dans une pièce à l’écart de la foule. Il y avait déjà plusieurs personnes, prêtes à s’occuper de Charlie. En quelques instants elle se retrouva maquillée et coiffée. Il ne luis restait plus qu’à se changer. Ben était en train d’examiner plusieurs tenues, toutes plus belles les unes que les autres. Charlie les regardait avec envie. Cela faisait des siècles qu’elle n’avait plus portés ce genre de vêtement. Il finit par lui tendre un bustier rouge lacé sur le devant et une jupe droite, rouge également, légèrement moulante. Pour finir, il lui tendit une paire de sandale noire à haut talon.


- Te voilà prête à affronter la meute de journalistes. Ça va aller ?


- Non mais je n’ai plus le choix. Comment te remercier ? On se connaît à peine et pourtant tu me viens en aide comme si c’était naturel..


- Pas de ça entre nous chérie… J’ai besoin d’un petit coup de pub, tu avais besoin de mes services… Tu m’es sympathique et tu en as passablement bavé. Il existe encore des gens presque désintéressés tu sais… Allez, prends mon bras, lève la tête et montre que tu es une battante !


Il ne fut pas très difficile de retrouver Roger Jackson, l’avocat de Charlie. Il était entouré d’une myriade de journalistes et de curieux.


-         Mademoiselle Williams, je suis ravie de vous revoir enfin.


-         Moi aussi maître.


-         Vous êtes absolument superbe ! Qui est monsieur ?


-         Ben Stockwell, styliste, visagiste, garde du corps et ami.


-         Bien bien bien. Vous sentez-vous prêtes à donner une conférence de presse improvisée ?


-         J’aurais du le faire il y a 5 ans… Allons-y.


Maître Jackson fit signe aux journalistes et ceux-ci se turent, pointant leurs micros et leurs caméras face à Charlie. Celle inspira un grand coup et se lança.


-         Mesdames, messieurs, vous avez probablement un million de questions à me poser. Je vous demande d’attendre encore, je donnerai des interviews d’ici à quelques jours. Pour le moment je vais vous expliquer les raisons de ma disparition il y a 5 ans et pourquoi je reviens aujourd’hui.


Et elle leur raconta tout. Le harcèlement, les photos, les agressions, sa décision de tout quitter pour préserver sa vie, sa cavale en Louisiane, sa vie là-bas et le meurtre de Samantha.


-         Un homme a fait de ma vie un enfer. A l’époque j’étais trop jeune et trop terrorrisée pour faire autre chose que fuir. Mais il a finit par me retrouver et il a assassiné ma meilleure amie. Ça a été sa plus grande erreur. Je n’aurai de cesse de le retrouver et de lui faire payer son crime. Désormais je ne me cacherai plus. Il ne me fait plus peur, je suis trop en colère pour ça. Où que tu sois, qui que tu sois, c’est ta perte que tu as programmé en t’en prenant à mon amie. A ton tour de trembler.


Elle prit le bras de Ben et fit signe à son avocat de les suivre. Ils prirent place dans une limousine qui les attendait devant l’aéroport et roulèrent en direction d’un grand palace.


-         Charlie tout est en ordre. Je me suis arrangé avec les autorités. Vous êtes officiellement vous-même à nouveau. Tous vos biens sont à nouveau vôtres. Le service de sécurité de l’hôtel est prévenu. La police a reçu tous les éléments dont nous disposions pour commencer son enquête. Le commissaire viendra vous parler dans quelques heures. Nous aurons à parler de votre retour et de ses implications. On ne disparaît pas comme vous l’avez pour revenir sans problèmes. Il va falloir que vous vous expliquiez auprès des autorités. Au vu des raisons qui vous ont poussé à enfreindre la loi, qui nous ont poussé à enfreindre la loi devrais-je dire, ne soyez pas étonnée si nous devons répondre de tout cela.


-         Mais vous… mon dieu je ne me suis même pas inquiétée de vous ! Vous ne risquez pas de perdre votre droit d’exercer au moins ?


-         Non. Je suis un très bon avocat n’oubliez pas. Feu votre père ne m’avait pas engagé à la légère à l’époque, je n’ai rien fait qui puisse me nuire à présent, rassurez-vous ! Nous risquons une petite tape sur les doigts mais guère plus. Et vous avez des circonstances atténuantes. Monsieur Stockwell, je n’ai pas la chance de vous connaître depuis très longtemps, mais j’ose espérer que vous garderez le silence sur tout ce que vous aurez appris par mademoiselle Williams.


-         N’ayez craintes, je ne ferai rien qui puisse la mettre en mauvaise posture. Je ne la connais que depuis quelques heures, mais je la considère comme ma petite sœur. Et on ne touche pas à ma petite sœur.


-         Vous avez de la chance de l’avoir rencontré mademoiselle Williams. Vous êtes plus impulsive que dans mon souvenir… Enfin… du moment que monsieur comprend qu’il est dans son intérêt de ne pas vous jouer de tours, tout ira bien. Pouvons-nous vous déposer quelque part ? Nous vous avons quasiment enlevé…


-         Je prendrai un taxi ne vous inquiétez pas pour moi. Et puis le simple fait d’avoir été vu avec Charlie me fait une pub d’enfer, ce n’est pas négligeable dans mon métier. Je te laisse ma carte, chérie, appelle-moi ce soir, sans faute.


-         Avec plaisir Ben. Et merci infiniment pour tout.


-         Si je peux me permettre un conseil. Appelle tes amies de la Nouvelle-Orléans. Elles doivent être dans un drôle d’état. Et cet homme, ce Dragan. Ne sois pas trop dur avec lui.


-         Mais vous avez quoi tous à vouloir que je lui pardonne ?!


-         Oh je dis ça… tu feras ce que tu voudras de toute façon mais à mon avis une franche discussion devrait alléger la situation.


-         D’accord j’appellerai Lee et Cleo. Mon dieu… je les avais complètement oubliées… C’est impardonnable !


-         Ne sois pas trop dur avec toi-même…


A l’hôtel, elle se rendit dans sa suite et rencontra le commissaire chargé de l’enquête. Elle raconta une fois de plus son histoire et lui donna le nom de l’enquêteur de la Nouvelle-Orléans, ainsi que celui de Dragan, précisant qu’il devait avoir un gros dossier sur elle, étant détective privé.


- Ah oui, Petrovsky ! Je le connais bien, c’est un professionnel de talent. C’est lui qui vous a retrouvée ?


- Oui, en quelques sortes. Il ne m’avait pas dit qui il était, je l’ai appris à la morgue.


- Je vois. Vous auriez du rester avec lui, il vous aurait protégée. J’ai dans l’idée que votre harceleur vous a suivie.


Charlie reconduisit le commissaire et prit le téléphone. Elle appela Lee en premier.


-         Charlie ? c’est toi ? C’est quoi cette histoire ? Samantha morte, toi une héritière en fuite, qu’est-ce qu’il se passe, on ne comprend plus rien ! Cleo est chez moi et nous sommes sous la surveillance de la police !!!


-         Je suis désolée… Tellement désolée… Tout s’est passé si vite…


-         Tellement vite que depuis ce matin tu n’as pas trouvé le temps d’appeler tes amies mais par contre celui de passer à la télévision !


-         Je comprends que vous m’en vouliez les filles, je ne sais pas quoi vous dire…


-         Hé bien ne dit rien. Mais laisse-moi te dire que c’est ignoble ce que tu as fait, nous cacher tout ça. Nous étions tes amies, tu pouvais avoir confiance en nous ! Et Samantha… c’est de ta faute si elle est morte !


Charlie éclata en sanglot. La situation ne pouvait pas être pire. Elle entendit des bruits de voix derrière Lee et quelqu’un d’autre prit le téléphone. C’était Dragan.


-         Bonsoir Charlie. Tu me détestes et tu voudrais probablement me voir rôtir en enfer, mais je t’assure que… tout était vrai. Je n’ai pas joué avec toi.


-         Oh s’il te plait. Comme si le demi million de récompense pour qui me retrouvait n’avait rien à voir avec tout ça.


-         En effet, il n’a rien à y voir. Mais je suppose que tu t’es fait ton opinion n’est-ce pas.


-         Je…


-         J’ai engagé les meilleurs hommes pour surveiller tes amies. Dis-moi où tu es à San Francisco et je te rejoins.


-         Je n’ai pas besoin de toi.


-         Tu as besoin de ma protection. Et nous devons parler.


-         Non.


-         Charlie… soupira t’il. Je ne veux pas parler de ça par téléphone.


-         Rien ne t’y oblige.


-         Si. Toi. J’ai tout de suite compris à ta disparition que quelque chose t’avait poussé à t’enfuir. Quand million a retrouvé ta trace j’ai préféré adopter un profil bas, ne pas t’effrayer en arrivant et en déclarant devant tout le monde que tu t’appelais Charlene Williams… je voulais comprendre et attendre que tu me fasses suffisamment confiance pour me parler de ce qui t’avait poussé à partir, et t’aider à trouver une solution. Tomber amoureux de toi n’était pas dans mon plan Charlie.


-         Blablabla.


-         Tu es insupportable. Alors, cet hôtel ?


-        


-         Je te retrouverai. Fais-moi confiance.


-         Oh et puis zut, viens si ça te chante. Mais promets-moi une chose. Fais tout ce que tu peux pour que mes amies soient en sécurité. Si il leur arrive quoi que ce soit…


-         Ne t’inquiète pas. Je les emmène avec moi. Et vous pourrez vous expliquer.


Charlie lui donna l’adresse de son hôtel et avertit la direction qu’elle réservait une autre suite pour des amies, si possible à côté de la sienne. Elle appela Ben et lui raconta les dernières évolutions de son « affaire » comme il aimait à l’appeler. Ensuite elle se coucha. Mais ne dormit pas de la nuit. Elle se demandait si elle avait fait le bon choix, si elle n’aurait pas du tout laisser tomber… Elle perdait les gens qu’elle aimait les uns après les autres. Bientôt elle serait seule…


Le lendemain matin, la réception l’appela pour la prévenir que ses invités étaient arrivés. Elle alla les attendre dans leur suite. Quand la porte s’ouvrit sur Cleo et Lee, elle tremblait d’appréhension. Ses deux amies lui tombèrent dans les bras. Les trois amies réunies sanglotèrent pendant près d’une demi-heure. Puis Charlie leva les yeux et vit Dragan. Il portait les mêmes vêtements que lorsqu’il l’avait emmenée à la morgue, il semblait n’avoir pas dormi depuis, tout comme elle. Il la regardait, étrangement tranquille. Elle se tourna vers ses amies et s’excusa de les quitter si vite, mais elle avait un problème à régler. Elle attrapa le bras de Dragan et le traina dans sa suite. A peine avait-elle refermé la porte qu’il la prit dans ses bras et l’embrassa avec passion. D’abord immobile, elle se laissa peu à peu aller et finit par répondre à ses baisers.